Danse

Entre la danse et la musique… les rythmes…

Troisième soirée de ballet proposée par Kader Belarbi au public toulousain, à laquelle il a donné pour titre Rythmes de Danse. Son propos, comme nous l’avions dit, était, au travers de trois œuvres d’essence contemporaine, de répondre à cette interrogation qui est la sienne : « Laquelle, de la musique ou de la danse, est le moteur du spectacle. De l’une et de l’autre, laquelle est première ? Probablement ni l’une ni l’autre. En revanche, je sais que le rythme est ce qui préexiste à l’une comme à l’autre ». Tel était le postulat de ce spectacle.

Entrelacs : Juliette Thiélin, Davit Galstyan © David Herrero

La première « réponse » nous vint du premier ballet, Entrelacs, signé par le maître de céans, Kader Bélarbi, créé pour le Ballet National de Chine en 2007. Sur la musique d’Arvo Pärt et de Ianis Xénakis, entre de fragiles pans de toile calligraphiée, solistes et corps de ballet évoluent avec lenteur et grâce, dessinant de subtils tableaux tout en harmonie, harmonie soulignée par les longues robes de tulle arachnéen dont sont vêtus les danseurs, tandis que les danseuses solistes dévoilent une plastique impeccable en maillots académiques aux couleurs éclatantes. Inspiré par l’œuvre du peintre chinois du XVIIème siècle, Shitao, le chorégraphe fait de ses danseurs le prolongement du pinceau de l’artiste pour dessiner dans l’espace, en mouvements horizontaux ou verticaux, les pleins et les déliés du rêve, la poésie des corps, la beauté de la nature. Les solistes apportent la note colorée que l’on retrouve dans ces estampes chinoises qui voient éclore entre les entrelacs de l’encre sombre, la fleur pourpre d’un sceau. Tatyana Ten, fragile et si forte, Gaëla Pujol et Julie Loria sont la parfaite illustration de cet enchevêtrement qu’a voulu Kader Bélarbi, soutenues et portées par leurs partenaires, Kazbek Akhmediarov, Valerio Mangianti et Takafumi Watanabe. Les corps se font paysages, ondoient comme ondoie un champ sous la brise, se métamorphosent au rythme des percussions, des violons ou des pianos, image d’un équilibre serein.

The Vertiginous Thrill of Exactitude : Tatyana Ten © David Herrero

Suivait The Vertiginous Thrill of Exactitude, de William Forsythe, sur l’Allegro Vivace de la Symphonie n°9 de Franz Schubert. Mi-parodie, mi-hommage à la grammaire classique ou néoclassique d’un Petipa ou d’un Balanchine, ce ballet toujours à la limite de l’équilibre, fait la part belle à la virtuosité et à la vitesse d’exécution. Sauts, pirouettes s’enchaînent sur un rythme démoniaque, qui demande aux danseurs une extrême maîtrise de la technique et de leur corps, en n’abandonnant pas pour autant lyrisme et musicalité.

Nous avons vu, dans la deuxième distribution, Tatyana Ten, Olivia Hartzell et Maki Matsuoka, entourées de Shizen Kazama et Matthew Astley. Leur interprétation si elle n’était pas dénuée d’intérêt (ils possèdent tous une impeccable technique) nous a laissé un peu sur notre faim. Peut-être un peu trop sage ?

Il semblerait, d’après un avis autorisé, que la première distribution qui réunissait María Gutiérrez (toujours étincelante dans ce registre), Isabelle Brusson, Juliette Thiélin, Davit Galstyan (vif s’il en est) et Demian Vargas (dont l’ascension dans la Compagnie grandit à chaque programme) fut plus brillante.

Nous retrouvions, pour la fin de la soirée, Jacopo Godani, le chorégraphe italien dont nous avions pu applaudir deux des œuvres les saisons passées : Scènes de Force (2007) et Spazio-Tempo (2012). Il succède dans ce programme à William Forsythe, dont il fut le danseur au Ballet de Francfort. A.U.R.A Anarchist Unit Related to Art est, comme toutes les chorégraphies de Godani, le théâtre de la distorsion des corps, qui se tordent dans des figures complexes, les poignets se cassent, les jambes dessinent des obliques improbables. Et tout ceci sous la lumière crue d’un décor de néons qui semble écraser les danseurs dans de brusques éclairs qui succèdent, le temps d’une seconde, à de noirs absolus.

A.U.R.A. : Olivia Hartzell, Isabelle Brusson © Photo David Herrero

Et on ne peut qu’admirer l’engagement des danseurs dans cette exigence physique, signature de Jacopo Godani qui, comme à son habitude, est aux commandes non seulement de la chorégraphie, mais aussi de la lumière, des décors et des costumes. Quant à la musique, il reste également fidèle à la musique électroacoustique du groupe 48nord. Ce qui reste pour nous le plus déroutant.

On peut donc se demander, à la fin d’un tel spectacle, quelle réponse apporter à l’interrogation de Kader Bélarbi : musique, danse, rythme qui des trois est premier ? En réalité, la sensibilité de chacun y apportera une réponse différente et changeante selon ce qui nous sera donné à voir et à entendre.

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