Danse

De triomphe en triomphe

Après le formidable succès de l’opéra La Femme sans Ombre, le Capitole de Toulouse vient de vivre un autre triomphe, celui de la nouvelle production du ballet Don Quichotte.

S’il est une œuvre chorégraphique sur laquelle il est difficile d’analyser les méandres de l’existence, c’est bien ce Don Quichotte.

Ballet le plus populaire de Russie au 19ème siècle, Don Quichotte fut créé à Moscou en 1869 sur une chorégraphie de Marius Petipa et une musique de Ludwig Minkus.

Pleine de couleurs et de vigueur, cette œuvre, assez éloignée des grands ballets avec créatures surnaturelles, nous entraîne, à la suite de deux jeunes gens, Kitri et Basile, dans une Espagne qui ne craint pas de faire entendre ses danses les plus traditionnelles.

L’argument est adapté du second volume du roman de Cervantès et met en scène les protagonistes des Noces de Gamache,

Breno Bittencourt (Basile) et Maria Gutierrez (Kitri)

Photo David Herrero

Don Quichotte et Sancho Pança n’ayant ici qu’un rôle somme toute secondaire.

L’argument est adapté du second volume du roman de Cervantès et met en scène les protagonistes des Noces de Gamache, Don Quichotte et Sancho Pança n’ayant ici qu’un rôle somme toute secondaire. Avec ce ballet, c’est le théâtre qui fait irruption dans la danse au travers d’une chorégraphie faisant corps avec l’intrigue. Dans les années qui suivirent sa création, autant le livret que la musique furent soumis à des fluctuations qui allèrent jusqu’à l’ajout dans la partition de musiques écrites par d’autres compositeurs !
Une nouvelle production exemplaire
Dans les décors d’Emilio Carcano, les somptueux et riches costumes de Joop Stokvis ainsi que les lumières de Vinicio Cheli, les amours contrariées de Kitri et Basile trouvent un cadre idéal pour finalement se conclure au mieux. Comment ne pas saluer avant tout le formidable travail de Nanette Glushak, directrice du ballet du Capitole et, pour l’occasion, chorégraphe également de ce spectacle adapté de l’original de Petipa ?

En ce vendredi, Basile, et les spectateurs, n’avaient d’yeux que pour la Kitri de Maria Gutierrez. Abordant cet emploi, elle lui donne toute l’insolence d’une étincelante jeunesse. Toute la soirée repose sur ses épaules, elle le sait et se lance dans ce rôle avec une témérité et une grâce jubilatoires. Enfilant variations, adages et pas de deux avec une autorité sidérante, elle clôt sa prestation sur un dernier acte stupéfiant de maîtrise, jusqu’aux redoutables équilibres du Mariage qui firent « trembler » plus d’une étoile.

A ses côtés, un Basile qui lui était fait sur mesure. Abordant également ce rôle, Breno Bittencourt fonce sans hésiter une seconde dans cet emploi nécessitant une formidable énergie. Et Dieu sait si ce jeune interprète en possède! Le résultat est une subtile conjugaison de force et de sensibilité, de physique et d’émotion. Une performance jouissive longuement ovationnée par un public en délire, tout comme d’ailleurs fut chaleureusement applaudi l’ensemble des autres artisans de cette production, au premier rang desquels la superbe Dulcinea de Paola Pagano et l’Espada de Minh Phan.

Pour la première fois au pupitre de notre orchestre, le chef mexicain Enrique Carreon-Robledo accompagne avec beaucoup de finesse, d’attention, d’éclat aussi cette soirée qui restera parmi les plus réussies de notre corps de ballet.

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