Danse

De Bach à Stravinsky : un éventail de sensations

Dernier spectacle de la saison pour le Ballet du Capitole avec un programme résolument moderne dans la chorégraphie, plus éclectique dans la musique puisque Bach y côtoyait Moretti et Stravinsky.

Lucille Robert et Jérôme Buttazzoni dans « Concerto Barocco » (Photo Patrice Nin)

Bach ouvrait le bal avec Balanchine et « Concerto Barocco », pour un ballet sans argument véritable si ce n’est donner à voir la musique à travers la danse. Comme à l’accoutumée chez Balanchine, la chorégraphie sous une apparence fluide, facile, ordonnée, est une véritable gageure pour les danseurs par son architecture rigoureuse et musicale. Le corps de ballet roule et déroule ses méandres dans les volutes des cordes de l’orchestre, enfermant et libérant tour à tour les solistes. Juliana Bastos d’une part et Lucille Robert et Paola Pagano alternativement, étaient les deux violons qui dans le Concerto se parlent, se répondent, se superposent. Lucille Robert y fut remarquable de sensibilité et de musicalité. Juliana et Paola dans des styles très différents furent telles que d’habitude, formant avec leur partenaires respectifs, Jérôme Buttazzoni et Oli Speers, deux couples parfaitement assortis. Les ensembles démontrèrent, une fois de plus, dans leur approche rigoureuse de la chorégraphie, la parfaite connaissance du style balanchinien de la Compagnie.

Paola Pagano et Oli Speers dans « Orma » (Photo Patrice Nin)

« Orma » de Mauro Bigonzetti sur une musique de Moretti nous replongea dans la magie que nous avions déjà vécue il y a deux saisons. Les mouvements en miroir des interprètes, qui demandent une parfaite coordination, les duos et trios qui enchevêtrent les danseurs, l’extraordinaire performance de Minh Pham et Breno Bittencourt font que le spectateur se retrouve souvent à retenir son souffle tant la tension dramatique est perceptible. La musique de Bruno Moretti répond parfaitement aux exigences du chorégraphe, elle coule, sans stridence, faisant corps avec les danseurs, à moins que ce ne soit le contraire.

« Symphonie en 3 mouvements » avec Maria Lucia Segalin et Breno Bittencourt

(Photo Patrice Nin)

Nils Christe était le dernier chorégraphe invité avec « Symphonie en trois mouvements » de Stravinsky. Et ce fut encore un feu d’artifice auquel toute la troupe participa. La chorégraphie mêlait avec bonheur les soli, les duos et les ensembles dans une occupation rigoureuse de l’espace, une technique éprouvée (et éprouvante). La musique de Stravinsky évoque les évènements de la deuxième guerre mondiale, et Nils Christe, à l’image du compositeur, mêle espoir et désespoir. Il faudrait citer ici tous les danseurs. Soulignons cependant le duo Paola Pagano-Saul Marziali pour son lyrisme, Breno Bittencourt dans son solo « Requiem Canticle », mais aussi Helge Freiberg dans le même solo, Minh Pham et Nuria Arteaga, et bien d’autres encore… Une très intéressante utilisation de la lumière et les costumes, transparences noires sur maillots de couleur, ajoutaient encore à l’atmosphère de l’œuvre, sombre et lumineuse à la fois
La fosse de la Halle aux Grains accueillait l’orchestre du Capitole, ce qui est toujours un bonheur pour les amateurs de danse. Malgré la direction de Nir Kabaretti, parfois un peu « déstabilisante » pour les danseurs, au moins lors de la première soirée, cette présence des musiciens rajoute encore à la magie de la danse.

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