Danse

BALLET DU CAPITOLE – CASSE-NOISETTE : LA MAGIE ET LA FÉERIE ÉTAIENT BIEN AU RENDEZ-VOUS !

Un joli conte pour le joli temps de Noël
Casse-Noisette -Chor. Michel Rahn - Tiphaine Prévost -Philippe Solano - © david Herrero

S’il est un ballet du répertoire qui fait briller les yeux des petits et des grands au joli temps de Noël, un ballet qui fait si fort rêver les petites filles, qu’elles n’ont plus qu’une envie : pousser la porte d’une école de danse, c’est bien Casse-Noisette. Et la magie opère toujours, encore aujourd’hui.  Beate Vollack avait choisi de rester doublement dans la tradition en choisissant ce ballet dans la version de Michel Rahn, si respectueuse de la tradition. L’œuvre, entrée au répertoire en 2009, n’avait plus était redonnée depuis 15 ans.

Pour sa chorégraphie, Michel Ranh a choisi le côté merveilleux de Petipa plutôt que le côté sombre de E.T.A Hofmann. De là, une chorégraphie limpide, inventive, sublimée par le chatoiement et l’élégance des costumes. Le talent du Ballet du Capitole, joint à la musique inspirée de Tchaïkovski a fait de ce Casse-Noisette un vrai conte de Noël. Le premier acte est totalement fidèle à la tradition : le grand sapin brille de tous ses feux, le poêle ronfle, les invités rivalisent d’élégance, les enfants trépignent d’impatience en attendant les cadeaux. La fête bat son plein. La chorégraphie en est simple, mais pas simpliste, laissant souvent la place à la pantomime.

Casse-Noisette – Chor. Michel Rahn – © David Herrero

. La reine de la soirée est bien évidemment Clara. Tiphaine Prévost, lors de la première, en donne une interprétation enjouée, pleine de charme . Sa pantomime est parfaite de vivacité : joyeuse avec ses amies, effrayée par son frère ou la horde de rats qui envahit le salon, ou éblouie par le cadeau de Drosselmeier, elle nous offre la palette complète des émotions d’une fillette. Et à la fin de l’acte la petite fille nous donne l’impression d’avoir dépassé le cap de l’enfance au bras de son prince. Dans une deuxième distribution, Lian Sanchéz Castro est tout aussi pleine de charme et de vivacité, peut-être plus enfantine. L’autre personnage important est, bien évidemment Casse-Noisette. Philippe Solano était le partenaire de Tiphaine Prévost. Raide sous sa lourde tête de carton-pâte, lorsqu’il est encore un bonhomme de bois, menant sa troupe de soldat de plomb à l’assaut de l’armée des rats, bedonnants et repoussants à souhait, il retrouve, devenu prince, toute son élégance naturelle.  Et l’acte se termine par le pas de deux des protagonistes. Et c’est un moment de pure magie que nous offrent Tiphaine Prévost et Philippe Solano. Leur complémentarité, leur technique sans faille, elle aérienne, légère, lui tout en énergie, partenaire attentif à sa Clara, nous font une démonstration parfaite de ce qu’est un pas-de-deux classique. Le couple Lian Sánchez Castro – Lorenzo Misuri ne démérite pas, nous offrant une interprétation plus juvénile. La transition entre la réalité et le rêve se fait par le truchement de la Valse des Flocons de Neige, un féerique voyage blanc parfaitement exécuté par les danseuses du corps de ballet, portées par les voix cristallines de la maîtrise du Capitole.

Casse-Noisette – Chor. Michel Rahn – Lian Sanchez Castro (Clara) – Alexandre De Oliveira Ferreira (Herr Stahlbaum) – © David Herrero

Dans le deuxième acte Clara et son Casse-Noisette deviennent spectateurs d’un tour du monde chorégraphique. La pantomime , la féérie, la magie orchestrées par un Drosselmeier tour à tour plutôt bon enfant (Rouslan Savdenov) ou plus imposant, voire inquiétant (Simon Catonnet), laisse place à la danse pure. Nous voyons défiler sous nos yeux des divertissements chorégraphiques, qui en 2025 semblent peut-être un peu datés, dans l’esprit, mais qui ravissent toujours autant le public. La danse espagnole vous a, par moments, des petits airs « donquichottesques ». La danse orientale nous offre une magnifique interprétation de Solène Monnereau, liane ondulante entre les bras tour à tour de Jéremy Leydier et Alexandre De Oliveira Ferreira, remarquables partenaires l’un et l’autre, attentifs et magnifiques dans leurs portés. La danse chinoise, la danse russe et celle des mirlitons, mettent en exergue la qualité du corps de ballet, parfaits interprètes de la chorégraphie voulue par Michel Rahn.

Casse-Noisette – Chor. Michel Rahn – Solène Monnereau – Jérémy Leydier – © David Herrero

Puis la magie revient avec la célébrissime Valse des Fleurs et sa variation de la Goutte de Rosée. Kayo Nakazato, technicienne oh ! combien brillante, n’est que grâce, légèreté et musicalité, se jouant des difficultés chorégraphiques semées dans cette variation. Dans la deuxième distribution c’est Natalia de Froberville qui se joue de ces mêmes difficultés avec un art consommé de la grammaire classique, nous donnant à voir une variation plus que parfaite.

La fin du ballet laisse, enfin, place au pas-de-deux qui pour classique qu’il soit, n’en n’est pas moins le clou du spectacle. Natalia de Froberville et Ramiro Gómez Samón, étoiles du ballet, nous en donnent une interprétation magnifique. Natalia de Froberville nous démontre toute sa parfaite connaissance de la danse classique , ses bras sont des lianes, ses sauts moelleux , sa musicalité, tout chez elle est brillant. Le charme naturel, la précision de sa technique, l’attention portée à sa partenaire, font de Ramiro Gómez Samón, un Prince Bienfaisant de rêve.

Casse-Noisette – Chor. Michel Rahn – Kayo Nakasato (Goutte de rosée) – © David Herrero

Kayo Nakazato et Philippe Solano étaient les autres interprètes de la Fée Dragée et du Prince Bienfaisant. L’élégance, la musicalité, la légèreté de ses sauts, la sureté de ses équilibres font de Kayo Nakazato , une Fée Dragée idéale. A ses côtés, Philippe Solano déroule une technique de grande qualité dans tous les registres, une ligne noble, une évidente présence, toujours attentif à sa partenaire.

Ces deux interprétations ont donné lieu à un tonnerre d’applaudissements, qui a continué lors du salut final de la troupe.

A l’occasion de cette reprise, Beate Vollack avait invité, pour deux représentations,  deux étoiles de l’Opéra de Paris, Roxane Stojanov et Hugo Marchand, qui n’en doutons pas ont du faire également le bonheur du public, comme l’on fait de fort belle façon nos deux Fées Dragée et nos deux Princes Bienfaisant.

Casse-Noisette – Chor. Michel Rahn – Natalia de Froberville (Fée Dragée) – Ramiro Gomez Samon (Prince Bienfaisant) – © David Herrero

L’Orchestre National du Capitole, placé sous la direction de Marzena Diakun, a donné une interprétation, à notre goût un peu terne, de la partition si brillante de Tchaïkovski. Les jeunes élèves du CRR de Toulouse ont démontré leur très bon niveau, dans le premier acte, et la Maîtrise de l’Opéra National du Capitole a contribué de façon excellente à la magie de la Valse des Flocons de Neige. Les neuf représentations se sont données à guichets fermés, et l’enthousiasme du public et les longues minutes d’applaudissements qui ont ponctués les fins de spectacle, démontrent, s’il en était besoin, que la danse classique n’est ni morte, ni moribonde !

                                                                                                                              Annie Rodriguez

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