Concerts

Trois chefs-d’œuvre pour un grand sextuor

Les musiciens du sextuor - Photo Classictoulouse

Le 16 février dernier, six musiciens des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole ont animé le 5ème concert de la saison des Clefs de Saint-Pierre. Le programme musical de cette soirée explorait le riche domaine du romantisme germanique tardif : de Richard Wagner à Arnold Schönberg, en passant par Richard Strauss.

Kristi Gjezi et Chiu-Jan Ying, violons, Juliette Gil et Bruno Dubarry, altos, Sarah Iancu et Pierre Gil, violoncelles se sont réunis autour de trois chefs-d’œuvre qu’ils ont portés sur des sommets musicaux. Ils ont en outre présenté le programme de la soirée avec pédagogie et humour. Bruno Dubarry s’est chargé de la première partie du concert consacrée à deux partitions de Richard Strauss et Richard Wagner liées au répertoire d’opéra. Pierre Gil a abordé les circonstances de la composition de La Nuit transfigurée d’Arnold Schönberg.

Bruno Dubarry présente le concert -Photo Classictoulouse
Bruno Dubarry présente le concert – Photo Classictoulouse

Tout au long de cette soirée, les qualités individuelles et collectives des musiciennes et des musiciens se manifestent de la manière la plus évidente. L’équilibre des voix au sein de l’ensemble, la recherche des phrasés admirablement combinés, le déploiement d’une dynamique parfaitement répartie confèrent aux exécutions une sorte de beauté profondément musicale.

Le Sextuor qui constitue le Prélude du dernier opéra de Richard Strauss, Capriccio, ouvre le concert. Comme le rappelle Bruno Dubarry, cette ultime œuvre lyrique du grand compositeur prend la forme d’une vaste conversation musicale. Le Sextuor en constitue une sorte de reflet instrumental. Les musiciens dialoguent dans une sorte d’intimité chaleureuse. On admire particulièrement les choix de phrasés des interprètes parfaitement coordonnés.

Le Prélude suivant est celui de Tristan et Isolde de Richard Wagner. Il est offert ici dans une transcription originale : celle pour sextuor à cordes du violoniste autrichien Sebastian Gürtler. Une véritable découverte. Les thèmes essentiels de toute l’œuvre s’avèrent ainsi parfaitement identifiés. L’émotion est au cœur de cette vision de la pièce. Le grand crescendo prend une force qui transcende la « réduction » instrumentale.

Les musiciens au salut. De gauche à droite : Kristi Gjezi, Chiu-Jan Ying, violons, Juliette Gil et Bruno Dubarry, altos, Sarah Iancu et Pierre Gil, violoncelles – Photo Classictoulouse

Toute la seconde partie est consacrée à La Nuit transfigurée, cette mythique partition d’Arnold Schönberg. Comme cela est rappelé par Pierre Gil, cet opus 4 est l’œuvre d’un jeune homme amoureux de vingt-cinq ans. Il s’agit là, pour celui qui fondera peu après la Seconde Ecole de Vienne, d’une sorte d’adieu à la musique tonale. L’argument est inspiré du poème de Richard Dehmel, un ami du musicien, extrait de son recueil La Femme et le monde (Weib und Welt). Il décrit la promenade nocturne d’un couple amoureux dont la femme avoue qu’elle attend un enfant d’un autre. Ce soir-là, la trame dramatique de la pièce est explicitée grâce à la lecture du poème qui précède l’exécution musicale. Une belle initiative des Clefs qu’il convient de saluer. Cette déclamation, parfaitement dosée, pourrait bien être due à Jean-Sébastien Borsarello, un musicien bien connu aux talents multiples… Dans le sillage de cet argument dramatique, l’œuvre musicale progresse comme une construction, comme une série d’échanges entre les instruments. L’équilibre entre ces voix, une fois encore admirablement réalisé, laisse la parole aux solos qui se succèdent avec une intensité expressive remarquable. L’intrigue dramatique devient une intrigue musicale.

L’accueil enthousiaste du public salue légitimement une performance d’une qualité remarquable.

Serge Chauzy

Signalons que ce même programme sera défendu par les mêmes interprètes lors d’un concert qui aura lieu à Carcassonne le jeudi 19 février à 21h30 en la Chapelle des Jésuites, rue des études, dans le cadre des Jeudis de l’Auditorium. Une belle occasion à ne pas manquer !

Programmation et réservations : https://www.theatre.carcassonne.org

Partager

Michele Spotti et les couleurs de la musique
Le jeune chef italien Michele Spotti était invité à diriger l’Orchestre national du Capitole, le 12 février dernier à la Halle aux Grains de Toulouse
Daniil Trifonov, l’invité des Grands Interprètes
Le samedi 21 février 2026, la Halle aux Grains reçoit le jeune pianiste et compositeur russe Daniil Trifonov pour un récital exclusif, à l’invitation de la 40ème saison des Grands Interprètes.
L’art sacré de Francis Poulenc
Le samedi 7 février dernier, l’Orchestre national du Capitole retrouvait à sa tête le chef catalan Josep Pons, un grand habitué des concerts toulousains dans un programme consacré à l’œuvre sacrée de Francis Poulenc.
-34ème EDITION DE LA FÊTE DE LA DANSE – HALLE AUX GRAINS – TOULOUSE
BALLET ILLICITE – Cor perdut – Maria del Mar Bonnet – Chor. Nacho Duato –©Stéphane Bellocq Le Lions Club Toulouse Assézat organise le 14 février prochain, à la Halle aux Grains à Toulouse, à 17h30, sa XXXIVème Fête de la Danse au profit d’enfants en souffrance. Comme de nombreux
La Nuit des Clefs de Saint-Pierre
Le 16 février prochain, six musiciens des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole animent le 5ème concert des Clefs de Saint-Pierre.
Bach en majesté au café Zimmermann
Les « Zimmermann » à l’œuvre : du grand art!