Les musiques de film constituent un domaine artistique particulier qui intéresse un large public. A preuve, pas moins de trois concerts de l’Orchestre national du Capitole, consacrés aux compositions cinématographiques, ont fait le plein de la Halle aux Grains toulousaine, les 26, 27 et 28 février derniers. Sous le titre « Une nuit aux Oscars », un riche et original programme musical a enthousiasmé l’ensemble des spectateurs.
Il faut préciser que ce programme était exclusivement consacré aux partitions cinématographiques oscarisées. Plus de quatre-vingts années séparent la plus ancienne de la plus récente de ces compositions. L’Orchestre national du Capitole, dirigé avec énergie par le chef allemand invité Frank Strobel, était accompagné d’un maître de cérémonie spécialiste de la musique au cinéma en la personne de Stéphane Lerouge dont la présentation élaborée et pleine d’humour a réjoui l’ensemble du public.

Soulignons le soin apporté à la présentation visuelle de la soirée. Les lumières s’adaptent parfaitement aux thèmes évoqués par chaque partition. Ainsi en est-il des deux premières. Pour la BO du film de 1938 de Michael Curtiz et William Keighley, Les Aventures de Robin des bois, signée Erich Wolfgang Korngold, l’éclairage se « verdit », à l’image du costume porté par Errol Flynn, le héros du film. Quant à la partition de John Barry pour Out of Africa, de Sydney Pollack (1985), le rouge s’impose.
Les intégrations d’instruments inhabituels sont habilement pratiquées. Pour la contribution du compositeur Dario Marianelli à la bande son de Reviens-moi (2007), de Joe Wright, une machine à écrire marque le rythme de la musique. Evoquant le film Le Patient anglais (1996), d’Anthony Minghella, Stéphane Lerouge annonce la liaison sonore, par téléphone, avec l’auteur de la musique, Gabriel Yared, qui témoigne par radio de son attachement à cet événement.
Le thème principal du film Les Dents de la mer (1975), de Steven Spielberg, marque enfin l’importance de John Willams, véritable icône de ce domaine, qui excelle dans la suggestion terrifiante du fameux prédateur !
Le générique de fin, signé Nino Rota, de l’ouvrage Le Parrain II, de Francis Ford Coppola, évoque à son tour une saga « historique ». Il est suivi d’une intervention aussi passionnante qu’inattendue, celle d’une musicienne qui pratique un instrument mythique, le thérémine. Utilisé dans la partition de Miklós Rózsa pour La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock, le thérémine, inventé en 1920 par le Russe Léon Thérémine, est un des plus anciens instruments de musique électronique, l’ancêtre des Ondes Martenot chères à Olivier Messiaen. Grand privilège pour les spectateurs de ces concerts, la musicienne, Lydia Kavina, qui vient faire en direct une démonstration de sa pratique, est l’arrière-petite-nièce de son inventeur ! On découvre alors avec surprise que l’instrument, composé d’un boîtier électronique équipé de deux antennes possède la particularité de produire de la musique sans être touché par l’instrumentiste…

La seconde partie du concert s’ouvre sur la partition lumineuse d’Alan Menken pour le film d’animation de Gary Trousdale et Kirk Wise (Walt Disney) La Belle et la Bête. Elle est suivie d’une nouvelle intervention sonore à distance, celle d’Alexandre Desplat qui salue à son tour l’initiative de la soirée à propos de sa contribution au film de Guillermo del Toro, La Forme de l’eau (2017). A cette occasion, le dispositif instrumental s’enrichit d’un accordéon et d’un « siffleur ».
Michel Legrand est l’auteur, lui aussi icônique, de la partition émouvante de Yentl (1983 et 1992), le film de et avec Barbara Streisand, qui précède l’œuvre d’un autre maître en la matière, Maurice Jarre, dont on écoute la flamboyante partition de Lawrence d’Arabie (1962), évocatrice des grands espaces. Avec Le train sifflera trois fois (1952), de Fred Zinnemann, l’histoire du cinéma retrouve quelques racines. Le compositeur Dimitri Tiomkin y héberge une chanson sur des paroles de Ned Washington devenue emblématique : Si toi aussi tu m’abandonnes. Elle est ici chantée, dans sa version originale, par Pierre Planas qui intervient également comme guitariste et mandoliniste : un musicien complet, salué comme il se doit !

Le dernier épisode programmé concerne l’un des films de science-fiction les plus spectaculaires. Il s’agit de la première partie de la saga américano-canadienne Dune réalisée par Denis Villeneuve et sortie en 2021. La partition de Hans Zimmer, arrangée par Nikiforos Chrysoloras sous la forme d’une suite, fait appel à un instrumentarium particulier comprenant le thérémine, une guitare électrique, un duduk, instrument à vent arménien, un violoncelle électrique, joué par Pierre Gil, et une voix d’alto, en l’occurrence Cristelle Gouffe. De quoi imaginer une sorte de musique du futur…

L’accueil enthousiaste de la part du public obtient un double bis. Stéphane Lerouge annonce avec le chef Frank Strobel un hommage à la première compositrice oscarisée. Rachel Portman fut en effet la première femme à remporter un Oscar de la meilleure musique de film en 1997 pour sa partition de Emma, l’entremetteuse, film américano-britannique de Douglas McGrath sorti en 1996, tiré du roman Emma, de Jane Austen.
La soirée s’achève sur la musique de John Williams pour le film E.T., l’extra-terrestre de Steven Spielberg qui déclenche une ovation debout.
Serge Chauzy
