Concerts

Musiciens courage

Ils ont eu bien du mérite les musiciens de l’ensemble « Café Zimmermann » lors de leur concert toulousain du 16 décembre dernier. Le froid polaire qui régnait sur Toulouse avait quelque peu colonisé l’église Saint-Aubin, pourtant dotée d’équipements chauffants et qui hébergeait leur prestation. L’effectif de l’ensemble avait en effet nécessité de quitter l’habituel salon rouge du Musée des Augustins pour cette vaste nef. La qualité musicale n’en fut pas sacrifiée pour autant.

Pour compléter les circonstances de cette soirée, il faut aussi préciser que la cantatrice initialement prévue, la soprano belge Sophie Karthaüser, malade, dut déclarer forfait la veille, entraînant un changement de programme. Sa remplaçante, Bénédicte Tauran a ainsi dû improviser sa participation dans des œuvres difficiles qu’elle ne possédait peut-être pas auparavant à son répertoire. Grâce lui soit rendue pour son courage et ses indéniables qualités musicales et vocales.

La soprano Bénédicte Tauran soliste improvisée de l’ensemble « Café Zimmermann »

Pablo Valetti le « Konzertmeister » de l’ensemble « Café Zimmermann »

(Photo Petr Skalka)

Toujours consacré à Johann Sebastian Bach, le concert s’ouvrait alors sur une Suite en si mineur qui portait au premier plan la flûtiste Diana Baroni. Vigueur des rythmes bien pointés, vitalité des phrasés caractérisent cette belle exécution légitimement ancrée sur la danse. La virtuosité de la soliste, pourtant soumise elle aussi aux attaques des frimas, ne se relâche jamais et s’épanouit dans l’effervescence joyeuse de la Badinerie.

Avec le concerto pour clavecin et cordes BWV 1055, un autre problème, acoustique celui-là, se manifeste au détriment de la lisibilité de l’œuvre. Dans ce vaste vaisseau, le clavecin soliste ne se perçoit que très épisodiquement. Quel regret de ne pouvoir apprécier à sa juste valeur le jeu que l’on sait subtil, musical et imaginatif de Céline Frisch, magnifique artiste. La souplesse et les beaux phrasés de l’ensemble ne compensent que partiellement ce déficit purement sonore.

Bénédicte Tauran, de son côté chante la partie soliste des deux Cantates du Mariage. « O holder Tag », BWV 210, n’est donnée que partiellement, alors que « Weichet nur, betrübte Schatten », BWV 202 est exécutée dans son intégralité. Le timbre clair et volubile de la soprano, son impeccable prononciation du texte allemand sont à porter à son crédit. Le froid ne semble en rien affecter sa vocalisation.

Enfin, les deux flûtistes à bec Michael Form et Erik Boodgraf se joignent à l’ensemble à cordes pour une vivifiante exécution du Concerto Brandebourgeois n° 4. Vigueur, vitalité sont au rendez-vous. Les invraisemblables traits de violon des mouvements extrêmes donnent la mesure de la science et de la virtuosité de Pablo Valetti qui dirige l’ensemble de l’archet.

Un grand bravo à ces valeureux artistes pour leur courage face aux éléments météorologiques.

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