Après ses débuts dans le cadre de la saison lyrique 2022-2023 du Théâtre national du Capitole, le jeune chef italien Michele Spotti était invité à diriger l’Orchestre national du Capitole le 12 février dernier à la Halle aux Grains de Toulouse. Le programme de son concert symphonique se composait de trois volets particulièrement colorés.
Michele Spotti retrouve, ce soir-là, la phalange symphonique toulousaine avec laquelle il a déjà fait connaissance lors des représentations de La traviata (2023), d’Idomeneo et de Cenerentola (2024) qu’il avait dirigées avec succès.
Ce 12 février, la soirée s’ouvre sur… une ouverture. Celle, célébrissime, de l’opéra dramatique de Giuseppe Verdi, La Force du destin, datant de 1869. Dès les trois injonctions implacables des pupitres de cuivres, le destin tragique de l’œuvre s’impose. Le chef obtient de l’orchestre l’implication absolue de chaque pupitre. La dynamique particulièrement contrastée s’accompagne d’une large gamme de nuances. Rien d’uniformément fortissimo. L’ensemble de la partition se construit sur les différents motifs caractéristiques. Ce résumé de l’opéra est comme porté par les airs principaux de l’ouvrage. On admire en particulier le beau solo de clarinette admirablement déclamé par David Minetti. L’éclat de la pièce et son impact reçoivent une belle salve d’applaudissements.
Le deuxième chapitre du concert porte les couleurs du compositeur Ottorino Respighi. La suite de son balle La Boutique fantasque résulte d’une succession d’événements musicaux. A l’invitation de Serge de Diaghilev, Respighi compose la musique d’un ballet pour lequel il orchestre des pièces vocales et instrumentales de Gioacchino Rossini. L’œuvre jouit donc ici d’une double paternité ! Les huit étapes de cette suite racontent la magie de poupées danseuses qui s’animent pendant la nuit. A la suite de l’ouverture, les danses les plus caractéristiques, de la Tarentelle au Galop, se succèdent dans une effervescence colorée animée par un orchestre virtuose et une direction pleine d’une verve communicative. Le chef, qui danse même sur son podium, communique son bonheur aux musiciens et au public !

L’un des emblèmes de la musique romantique française occupe toute la seconde partie du concert. Lors de sa création, le 5 décembre 1830, la grande Symphonie fantastique d’Hector Berlioz a provoqué un choc dans les milieux musicaux de l’époque. Un critique la qualifie de « … bizarrerie la plus monstrueuse qu’on puisse imaginer » ! Les cinq mouvements de la partition prétendent raconter un rêve de l’artiste qui devient ainsi le « modeste » sujet du récit.
La direction de Michele Spotti, ses choix de tempi et de nuances, restitue l’œuvre avec un relief sonore et musical étonnant. Une profonde respiration musicale confère à toute l’exécution une vitalité constante. En outre, si chaque mouvement est parfaitement caractérisé, l’unité de l’œuvre reste maintenue. Le premier volet, Rêverie – Passions, introduit un mystère dont le motif de « l’idée fixe » est habilement mis en valeur. Dans la deuxième partie, Un bal, la grâce et l’élégance initiale se meuvent peu à peu, en raison d’un choix judicieux des tempi, en une inquiétude, une angoisse, qui conduisent au vertige des dernières mesures.

La Scène aux champs qui suit, s’ouvre sur un épisode poétique et apaisant, avec un touchant duo de hautbois entre le plateau et les coulisses. Néanmoins, une prémonition insidieuse se manifeste dans les échanges orchestraux qui réintroduisent ici aussi le thème de « l’idée fixe ». La beauté des timbres instrumentaux enrichit ce discours ambivalent.
Comme il se doit, la Marche au supplice, mélange de cauchemars effrayants et de réalisme supposé, sollicite l’ensemble des pupitres de cuivre, impressionnants de justesse, de précision et d’ampleur colorée.
Le Songe d’une nuit du Sabbat conclut l’œuvre et la soirée sur cet épisode grimaçant et terrifiant. L’orgie diabolique, le surgissement du glas funèbre, suggéré par les cloches de coulisse, la parodie burlesque du Dies iræ complètent ce tableau d’un romantisme échevelé, admirablement soutenu jusqu’à l’explosion finale par un orchestre chauffé à blanc.
L’ovation recueillie par cette exécution incandescente est largement méritée !
Serge
Programme :
G. Verdi : La Force du destin, ouverture
O. Respighi : La Boutique fantasque
H. Berlioz : Symphonie fantastique
