Concerts

Les cors du délit…

Soirée décontractée offerte à un public ravi et comblé. Ce fut le programme du récent concert des Clefs de Saint-Pierre, cette saison originale de musique de chambre dont les acteurs ne sont autres que les musiciens de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse (ONCT pour les intimes). Le 14 décembre dernier, c’était au tour du pupitre de cors de s’y coller et de faire le spectacle.

Les musiciens d'”Esprit de Cors” en plein feu d’artifice

Derrière la décontraction et la facilité apparente, comment ne pas admirer le professionnalisme, la perfection technique, l’engagement artistique ? La soirée débute sur un dialogue étonnant (détonnant même) entre les cors d’harmonie, présents sur le plateau et une couple de trompes de chasse tonitruantes en coulisse. Il s’agit là d’une pièce originale de Rossini intitulée « Le rendez-vous de chasse ». Cinq des cornistes présents se partagent les interventions. Les habitués de la Halle-aux-Grains reconnaissent Jacques Deleplanque, cor solo de l’ONCT, Daniel Daure, Jean-Wilfried Grongnet, Arnaud Bonnetot et Hervé Lupano. Ils sont bientôt rejoints par un compère un peu particulier qui prétend aider de manière inopinée, et parfois désinvolte, à la présentation des œuvres. On comprend vite qu’il s’agit là du sixième compagnon, Jean-Pierre Bouchard, dont les talents d’instrumentiste se doublent de ceux d’un « arrangeur », puisqu’il ne se prétend pas compositeur.

La première partie du concert est alors consacrée à quelques partitions classiques issues du grand répertoire. Un mouvement du « Grand Quartet » de Jacques François Galay, romantique en diable, précède une bien belle transcription de l’air célébrissime « La fleur que tu m’avait jetée » du Carmen de Bizet. La voix du « ténor » se fond à merveille dans l’harmonie de l’accompagnement. Suit un contraste étonnant entre les deux transcriptions de pièces pour piano de Debussy. La douce évocation de « La fille aux cheveux de lin » précède en effet les déhanchements du « Petit nègre ». Trois pièces originales de Nikolaï Tcherepnine permettent aux musiciens de jouer un cor « du troisième type », le fameux « tuben » wagnérien, puissant et doux à la fois.

Jacques Deleplancque joue du tuyau d’arrosage

La seconde partie de la soirée aborde un autre répertoire, plus proche du jazz ou des musiques actuelles. De Kerry Turner, « La casbah de Tétouan » véritable poème symphonique pour ensemble de cors, fait exploser les images. Cette pièce redoutable, d’une incroyable virtuosité, réclame de la part des interprètes une endurance exceptionnelle que nos compères assument crânement. Après un frétillant ragtime du roi du genre, Scott Joplin, puis trois pièces originales pour cors, de l’Américain Lowell Shaw, les joyeux cornistes se lancent dans une transcription cinématographique signée Jean-Pierre Bouchard. Cette riche pièce patchwork balaie un large répertoire, de Charlie Chaplin à Mission Impossible en passant par Indiana Jones. Entretemps, cornemuse et mini-feu d’artifice se mêlent à la fête.

Le succès est tel que deux bis viennent compléter la démonstration. Qui l’eut cru, Jacques Deleplanque, botté de caoutchouc, entonne une musique montagnarde, genre « Petit Savoyard »… sur un instrument bucolique fait d’un tuyau d’arrosage et d’un entonnoir ! Nougaro et son émouvant « Ô Toulouse » conclut cette soirée un peu folle sur une note sensible.

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