Concerts

Les beautés de l’errance romantique

La splendide discographie du trio Wanderer donne la mesure du talent des trois artistes qui le composent. Néanmoins, l’écoute directe, en concert, de cet ensemble devenu prestigieux confère une dimension supplémentaire au plaisir musical qu’il suscite. Le public du salon rouge du Musée des Augustins a pu en prendre conscience lors de la soirée d’ouverture de la saison des Arts Renaissants, le 19 novembre dernier.

Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violon, Vincent Coq, piano, et Raphaël Pidoux, violoncelle, les membres du Trio Wanderer

A l’image de ses grands prédécesseurs, comme le Beaux Arts Trio ou l’association mythique Isaac Stern, Leonard Rose, Eugene Istomin, les Wanderer sont parvenu à cette cohésion apparemment spontanée (en fait probablement le résultat d’un grand travail musical) qui fait du trio avec piano un instrument à part entière. Cette fusion des sonorités, des intonations, des harmonies et des rythmes n’obère pourtant en rien la personnalité de chaque musicien. La pureté de timbre, la perfection du vibrato, la beauté des phrasés du violoniste Jean-Marc Phillips-Varabédian, la richesse sonore et le lyrisme intense du violoncelliste Raphaël Pidoux, le toucher de velours, la chaleureuse exactitude du pianiste Vincent Coq sont les affluents qui convergent vers le fleuve bouillonnant du trio.

Ce 19 novembre dernier, « L’Allemagne romantique » était illustrée par trois compositeurs, trois œuvres d’une impressionnante force expressive. Les quatre volets du trio n° 2 de Schumann brossent un tableau riche et divers du compositeur des Amours du Poète. Les interprètes s’investissent totalement dans cette partition passionnée, de la fièvre juvénile qui embrase le premier mouvement au vivant et vibrant final, en passant par la fantaisie rêveuse du second.

Dans la version pour trio, Tristia, de La vallée d’Obermann, de Liszt, les Wanderer parcourent le large éventail des nuances de cette étrange transcription, des confins du silence, jusqu’au comble de l’exaltation.

Enfin, avec le trio op. 66 de Mendelssohn, ils explorent le monde accompli de la maturité du compositeur dont ils respectent la lettre et l’esprit des indications des mouvements. Quelle énergie dramatique dans l’Allegro energico e con fuoco, le bien nommé ! Quelle force expressive dans l’Andante espressivo ! Les scintillements du Songe d’une nuit d’été animent le scherzo et le finale rougeoie de passion.

Le mouvement lent du premier trio de Schubert, généreusement joué en bis, se réfugie dans le ton de la confidence, cher à l’aimable compositeur, concluant ainsi une soirée particulièrement riche en beautés musicales.

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