Concerts

Le retour attendu de Grigory Sokolov

Un récital de Grigory Sokolov résonne toujours comme un événement hors du commun. Les programmes qu’il élabore, la plupart du temps au dernier moment, reflètent bien l’originalité de cet artiste exceptionnel et inclassable. Ce brillant premier Prix au Concours Tchaïkovski 1966 semble bien avoir pris ses marques à Toulouse où il est l’invité cette année encore de la saison des Grands Interprètes. Ce sera le 6 juin prochain, à la Halle aux Grains.

Paradoxe vivant à l’ère de l’hypermédiatisation, Grigory Sokolov est longtemps resté un des secrets les mieux gardés des connaisseurs du piano. Ce magistral interprète ne se répand pas en confidences sur la place publique. Sa carrière, médiatiquement discrète, l’amène à parcourir le monde avec un répertoire d’une impressionnante étendue, de William Byrd à Arnold Schönberg. Que ce soit en récital ou en concert avec orchestre, Grigory Sokolov reçoit partout un accueil enthousiaste de la part du public comme de la critique. « La musique n’est pas un métier, c’est la vie tout simplement ! L’interprétation, ce n’est pas un travail de dix minutes, de dix jours ou d’un mois. C’est le produit de toute une vie. » C’est ainsi que Grigory Sokolov, qui développe un jeu unique fait de contrôle absolu, de forte personnalité et d’une palette de couleurs sans limite, caractérise sa fonction d’artiste. Son large répertoire et l’intensité de ses interprétations en font un interprète recherché par toutes les institutions musicales du moment. S’il enregistre peu, c’est sans doute parce que la musique, à ses yeux, se vit dans la fébrilité inspirée de l’instant et ne saurait être mise en boîte une fois pour toutes.

Le pianiste russe Grigory Sokolov – Photo Klaus Rudolph –

Le programme de son concert toulousain semble bâti sur une mise en perspective de l’évolution du classicisme. Débutant par la Suite en ré de Jean-Philippe Rameau, il s’achèvera sur les dernières méditations pianistiques de Johannes Brahms, après avoir donné la parole à Wolfgang Amadeus Mozart.

Composée d’une dizaine de mouvements aux titres étonnants (comme Les tendres Plaintes, Les Niais de Sologne ou Le Lardon !), cette suite de Rameau met en application les principes de l’harmonie baroque dont le compositeur lui-même a élaboré les théories. Conçue en 1778 lors du second séjour du compositeur à Paris, la Sonate en la mineur KV. 310 de Mozart est certainement l’une des plus poignantes de son auteur. Son apparent classicisme cache des mystères, des clairs-obscurs qui constituent autant de défis pour l’interprète.

Les deux œuvres de Brahms qui concluront la soirée appartiennent à deux mondes différents. Dans ses célèbres Variations sur un thème de Haendel opus 24, partition d’un jeune homme de 28 ans dédiée à Clara Schumann, Brahms rend hommage aux techniques d’écriture baroque qui le fascinent. Avec les crépusculaires Trois intermezzi, opus 117, le compositeur semble se détacher du monde qu’il s’apprête à quitter. Une conclusion apaisée…

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