Concerts

Le Requiem en son écrin

Les premières « Rencontres des musiques anciennes en Midi-Pyrénées » organisées par Odyssud connaissaient un nouvel événement fondateur le 31 mars dernier. Il s’agissait du retour dans son lieu de création, la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, de la Messe des Morts de Jean Gilles.

L’orchestre « Les Passions » et le Chœur de Chambre « Les Eléments », sous la direction de Jean-Marc Andrieu (© Patrick Riou)

Une conférence sur le compositeur toulousain d’adoption (il était né à Tarascon) précédait son exécution. Jean-Christophe Maillard, musicologue et musicien, éclairait avec talent les circonstances particulières de la genèse de ce beau Requiem. On apprenait ainsi que sa première exécution eut lieu pour les propres funérailles du compositeur, en février 1705. En effet, les commanditaires de l’œuvre, les fils de deux conseillers au parlement toulousain décédés à peu de temps d’intervalle s’étant dédits, Jean Gilles décida : « Elle ne sera exécutée pour personne et j’en veux avoir l’étrenne. »

Cette Messe connut alors un succès exceptionnel. Elle fut exécutée ultérieurement lors des obsèques des plus grands, dont Jean-Philippe Rameau, en 1764, le roi Stanislas 1er de Pologne (le père de Marie-Antoinette) en 1766, Louis XV soi-même (excusez du peu !) en 1774…

Jean-Marc Andrieu, le maître d’oeuvre de cette célébration (© Patrick Riou)

Jean-Marc Andrieu, à la tête de son orchestre Les Passions au grand complet, s’était assuré pour l’occasion du concours du Chœur de Chambre Les Eléments fondé par Joël Suhubiette. Une association qui fonctionne à la perfection dans ce répertoire si bien maîtrisé par les deux phalanges et que Jean-Marc Andrieu pratique avec intelligence et sensibilité. Le chef des Passions aborde cette « berceuse de la mort » (comme on qualifiait parfois un autre Requiem célèbre, celui de Gabriel Fauré) avec un sens aigu de la rhétorique baroque. Les choix des phrasés, celui de la prononciation française du latin procèdent de la connaissance profonde qui est la sienne de ce répertoire. Il y apporte en outre une ferveur tranquille qui nourrit et humanise le propos, grâce notamment à la respiration des larges phrases mélodiques. La célébration de cette messe emprunte souvent le rythme de la danse : une danse élégiaque tournée vers la lumière que les sonorités des instruments anciens portent avec finesse.

Cette exécution bénéficie en outre d’un beau quatuor de solistes vocaux. Le timbre fruité et chaleureux de la soprano Anne Magoüet, la richesse de celui du ténor Bruno Boterf, la beauté sonore et expressive de Vincent Lièvre-Picard, véritable « haute-contre à la française » et l’éloquence chaleureuse de la basse Alain Buet ponctuent de leurs interventions le déroulement de cette approche presque familière de la mort.

Le même soin, la même ferveur animaient auparavant le motet de Jean Gilles « Cantate Jordanis Incolae » (Chantez habitants du Jourdain) auquel les interprètes insufflent une franche gaité, une grâce chaleureuse.

Un bienfaisant retour aux sources !

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