Concerts

Création et émotion musicale

L'Orchestre national du Capitole dirigé par Roberto Forés Veses avec la mezzo-soprano Marianne Crebassa - Photo Classictoulouse

Le jeudi 11 décembre à la Halle aux Grains de Toulouse, l’Orchestre national du Capitole a présenté un grand concert, dirigé par le chef d’orchestre espagnol Roberto Forés Veses. La création française d’une œuvre nouvelle et la participation de la grande mezzo-soprano Marianne Crebassa ont considérablement contribué à l’attrait de cette soirée.

Le chef invité Roberto Forés Veses a étudié la direction d’orchestre à l’Accademia Musicale Pescarese (Italie) et à l’Académie Sibelius d’Helsinki où il a obtenu son diplôme de direction d’orchestre. Il a reçu plusieurs récompenses internationales et collabore avec de nombreuses institutions symphoniques et lyriques de premier plan.

La soliste de ce concert, Marianne Crebassa, est née à Béziers. Elle a commencé l’étude du piano à l’École de musique d’Agde et au Conservatoire de Sète, puis a débuté l’apprentissage du chant au Conservatoire de Montpellier, où elle a étudié aussi la musicologie. Elle est souvent l’invitée du Festival de Radio France et Montpellier et se produit dans les plus prestigieuses institutions internationales.

Ce concert du 11 décembre s’ouvre sur la création française d’une œuvre intitulée Mosaïcs, de la compositrice finlandaise Outi Tarkiainen, née en 1985, et présente ce soir-là à la Halle aux Grains. Cette œuvre, qui date de 2021, s’inspire d’un projet collaboratif lié au changement climatique. Constatons qu’il s’agit là d’une préoccupation particulièrement actuelle.

L’Orchestre national du Capitole dirigé par Roberto Forés Veses – Photo Classictoulouse

La richesse colorée de cette partition s’inspire d’une ballade écossaise du XVIème siècle. On apprend également qu’elle constitue une sorte de résumé sans parole du premier opéra de la compositrice, A Room of one’s own. Le drame que met en scène l’opéra original se retrouve dans l’atmosphère angoissante que la pièce symphonique associe à un romantisme poétique d’une intensité impressionnante. Quelques solos instrumentaux attachants, hautbois, flûte, trompette, violon, sont admirablement exécutés par nos musiciens. L’œuvre reçoit un accueil chaleureux de la part du public qui ovationne la compositrice Outi Tarkiainen. Celle-ci félicite avec insistance l’orchestre, ses musiciens et le chef Roberto Forés Veses.

La compositrice Outi Tarkiainen et le chef Roberto Forés Veses à la suite de l’interprétation de Mosaïcs
– Photo Classictoulouse

Marianne Crebassa est ensuite la soliste de ce cycle tragique et émouvant des Kindertotenlieder (Chants sur la mort des enfants), une suite de cinq lieder composée par Gustav Mahler sur les poèmes éponymes de l’écrivain allemand Friedrich Rückert, à la suite de la mort de deux de ses enfants. Comme une malédiction attachée à cette œuvre, Mahler lui-même connut peu après un deuil semblable.

De sa voix profonde et riche, Marianne Crebassa explore ce parcourt tragique avec une sensibilité et une noblesse bouleversantes. Son chant se fait blessure dès le premier lied : « Nun will die Sonn’ so hell aufgehn » (Maintenant le soleil va se lever, si brillant). Le timbre vocal de la soliste s’adapte à chaque thème des lieder suivants. De la nostalgie à la douleur, l’expression reste d’une musicalité admirable, d’une profonde dignité affective. L’évocation de la tempête, dans le lied final « In diesem Wetter, in diesem Braus » (Par ce temps, sous cette averse) conserve une intériorité émouvante, malgré la détresse poignante du propos.

Marianne Crebassa, émouvante interprète des Kindertotenlieder de Gustav Mahler – Photo Classictoulouse

Sensible à cette interprétation, le public acclame la soliste, efficacement accompagnée par l’orchestre et son chef.

La Symphonie n° 5 de Jean Sibelius occupe toute la seconde partie de la soirée. Composée lors d’une période historique particulièrement troublée, cette symphonie exprime pourtant une évolution positive. De l’inquiétude perceptible dans le premier volet jusqu’à un certain optimisme, le doute, la fébrilité, sont finalement balayés devant la permanence d’une nature sauvage. Chaque pupitre de l’orchestre, chaque soliste contribue à ce déploiement expressif d’une richesse colorée si caractéristique du style du compositeur.

Roberto Forés Veses au salut – Photo Classictoulouse

Pour conclure cette soirée, le chef invité Roberto Forés Veses s’adresse au public. En guise de réaction sur les événements douloureux et difficiles que traverse actuellement notre civilisation, il annonce un bis particulier : une œuvre symbolique d’un compositeur actuel ukrainien, Valentin Sylvestrov : Sérénade du soir, une partition apaisante jouée par les cordes de l’orchestre. L’initiative est largement approuvée puis applaudie par l’ensemble de l’assistance.

Signalons enfin qu’une personnalité musicale de premier plan, concernant la trajectoire suivie par l’Orchestre national du Capitole, a discrètement assisté à ce concert. Michel Plasson, le chef d’orchestre qui a propulsé la phalange toulousaine sur les sommets symphoniques a honoré cette soirée de sa présence ! Une attention particulière appréciée par les musiciens.

Serge Chauzy

Programme

  • Outi Tarkiainen (née en 1985) : Mosaïcs
  • Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder
  • Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°,5

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