Le samedi 7 février dernier, l’Orchestre national du Capitole retrouvait à sa tête le chef catalan Josep Pons, un grand habitué des concerts toulousains. Le programme de ce concert était consacré à l’œuvre sacrée de Francis Poulenc. La jeune soprano franco-catalane Lauranne Oliva et le chœur basque de l’Orfeón Donostiarra, dirigé par José Antonio Sainz Alfaro, ont rejoint le chef et l’orchestre pour une belle célébration qui a conquis le public enthousiaste de la Halle aux Grains.
L’œuvre diverse et contrastée de Francis Poulenc a conduit le célèbre musicologue Claude Rostand à qualifier le compositeur de « Moine et voyou », formule inventée pour caractériser l’ouverture de son style à la fois fervent et rebelle. La face « voyou » figure souvent dans les programmes de musique française. Le « moine » se dévoile pourtant avec un corpus de musique sacrée d’une grande intensité. C’est à cet aspect que le concert du 7 février était consacré.
C’est la perte brutale d’amis proches qui raviva la foi catholique de Poulenc et en particulier le culte de la Vierge. La disparition de son ami, le peintre et décorateurs Christian Bérard, constitue probablement le point de départ de la composition en 1950 de son Stabat Mater qui connut un beau succès. Dix ans plus tard, Francis Poulenc compose l’une de ses dernières œuvres sacrées, la plus souvent jouée, le Gloria. Ces deux partitions inscrites au programme du concert toulousain sont conçues pour orchestre, grand chœur mixte et soprano solo.
La plus brillante, la plus proche d’une symphonie chorale, le Gloria, ouvre la soirée. Dès les premiers accents, la direction de Josep Pons lui confère une vigueur impressionnante. L’Orfeón Donostiarra fait jeu égal avec l’orchestre, en termes de rythme et de couleurs, construisant ainsi une sorte de duo intense. Dans les six épisodes qui se succèdent, les contrastes expressifs sont remarquablement soulignés, de l’extrême vitalité à la détente et à la douceur. On remarque que quelques « virgules » instrumentales viennent parfois ponctuer le côté « moine » de l’œuvre d’un caractère quelque peu « voyou » !

Les interventions de la soprano, en particulier dans le Domine Deus et dans l’Amen atteignent des sommets de recueillement et d’émotion. Lauranne Oliva y déploie un timbre vocal angélique d’une finesse et d’une beauté touchantes. En outre, la direction de Josep Pons parvient à maintenir la tonicité du discours au sein de l’aspect sacré de l’œuvre.
La Stabat Mater qui occupe toute la seconde partie de la soirée résonne d’un tout autre caractère. Le premier volet de l’œuvre, Stabat Mater dolorosa, donne le ton du recueillement, de la tristesse profonde qui imprègne toute la partition. Cette douceur initiale, comme issue du silence, se retrouve dans les épisodes et les moments de temps suspendus qui ponctuent l’œuvre. Néanmoins, la direction de Josep Pons explore les nuances extrêmes, du murmure au cri, de la douleur à la révolte. On admire les performances du chœur, dans la douceur comme dans l’indignation. En particulier, dans les passages a cappella, les voix conservent la plus parfaite des justesses et l’équilibre souhaité des différents registres.
Une fois encore les interventions de le voix soliste bénéficient de la beauté du timbre et de l’art du chant de Lauranne Oliva. Le recueillement intime s’y exprime avec autant d’intensité expressive que l’éclat déchirant de la douleur.

L’accueil enthousiaste du public, particulièrement attentif ce soir-là, acclame longuement les acteurs de cette soirée. Josep Pons lui-même va remercier chaque chef de pupitre et l’ensemble du chœur dont l’assistant de José Antonio Sainz Alfaro, Txomin Maidajan, vient saluer aux côtés de Lauranne Oliva et du chef invité.
Signalons que ce même programme est présenté, dans le cadre des tournées de l’ONCT en Occitanie, le dimanche 8 février à 15h, en la salle du Grenat du Théâtre de l’Archipel, scène nationale de Perpignan, ville d’origine de la soprano Lauranne Oliva !
Serge Chauzy
Programme
- Francis Poulenc
- Gloria
- Stabat Mater
