Concerts

La sonate, un art de l’exigence

Sayaka Shoji (violon) et Adam Laloum (piano) à Saint-Pierre-des-Cuisines le 17 novembre 2022 - Photo Monique Boutolleau

L’ouverture de la quarantième saison des Arts Renaissants vient de se faire en l’Auditorium Saint- Pierre-des-Cuisines devant un public particulièrement attentif, nombreux et chaleureux.

Au programme, l’exigeant exercice de la sonate représentée ici par trois chefs-d’œuvre signés Robert Schumann et Johannes Brahms.

 La soirée débute …à l’inverse de ce qu’annonce le programme !  C’est donc celui qui est considéré par certains et au grand dam du compositeur lui-même, Johannes Brahms, comme le successeur de Ludwig van Beethoven, qui a l’honneur d’inaugurer ce récital avec rien moins que ses sonates n°1 et n°2 pour violon et piano. De la première, Clara Schumann, la bien-aimée inaccessible du compositeur, écrit en 1879, année de la composition et de la création, « J’aimerais que le dernier mouvement puisse m’accompagner dans l’autre monde ». Cette sonate dite « de la pluie », reprend dans son dernier mouvement donc, allegro molto moderato, un thème que Johannes Brahms a employé dans l’un des Huit lieder de l’opus 59 (le n°3 pour les amateurs) dans lequel il est question de nostalgiques souvenirs délicieusement humides dans la chaleur accablante de l’été … Cette sonate est considérée comme l’une des pièces maîtresses du répertoire romantique de musique de chambre. Suit la n°2 dans laquelle les amateurs d’art lyrique n’auront aucun mal en entendant ses trois premières notes de reconnaître un motif des Maîtres chanteurs wagnériens composé en 1868 et plus particulièrement les débuts d’un air de Walter. Clara Schumann, toujours elle, déclara à son sujet qu’aucune autre œuvre de Johannes Brahms ne l’avait autant ravie. Nous pouvons la comprendre aisément. Le changement dans l’ordre du programme décidé par les artistes de ce soir avait pour but de terminer, et non de commencer, ce concert par l’op 105 de Robert Schumann, en fait sa sonate pour violon et piano n°1. De manière assez surprenante, l’histoire nous dit que le compositeur n’appréciait pas du tout cette œuvre et qu’il espérait qu’en la matière sa seconde serait meilleure !  Fort heureusement il n’a pas détruit cette partition qui compte aujourd’hui parmi les plus jouées du répertoire.

 En ce soir du 17 novembre 2022, deux artistes doivent communier, s’écouter, se compléter, dialoguer et s’accompagner sur le plateau de Saint Pierre des Cuisines. L’exercice est beaucoup plus que musical. Il est question ici de respirations, de regards. Ce sont la violoniste Sayaka Shoji, première japonaise à remporter le prestigieux concours Paganini, et le pianiste natif de la Ville rose, Adam Laloum, maintes fois acclamé sous tous les cieux toulousains.  Si l’on peut reconnaitre, apprécier voire être impressionné par la virtuosité et le sens profond de la dynamique ainsi que   le sens musical de cette musicienne venue du Pays du Soleil levant, force est aussi de constater l’absence chez elle « d’empathie musicale » pour son alter ego. Le dialogue semble lointain même si la mesure tombe juste. Le trait, très technique, paraît souvent étranger au discours. Devant son piano, Adam Laloum est tout le contraire. Souple, aérien, d’une légèreté de toucher voluptueuse, observant avec une attention que l’on imagine emplie de jubilation musicale sa partenaire, nous donnant à entendre un son d’un velours rare et d’une rondeur vertigineuse. C’est lui qui nous fait pénétrer l’âme romantique de ces sonates. Et tout cela avec un naturel, une élégance de la phrase, une générosité et une virtuosité qui nous comblent de bonheur. C’est certainement pour l’entendre à nouveau que le public a réclamé un bis. Ce sera un extrait de la Romance n° 2 pour violon et piano de Robert Schumann. Comme un moment de joie qui s’éternise…

 A noter impérativement le prochain rendez-vous de cette saison des Arts Renaissants. Ce sera le 6 décembre en l’Eglise Saint-Jérôme de Toulouse à 20h. Au programme des concertos de Vivaldi par l’ensemble Gli Incogniti sous la direction de la violoniste Amandine Meyer.

Robert Pénavayre

Partager

Trois chefs-d’œuvre pour un grand sextuor
Le 16 février dernier, six musiciens des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole ont animé le 5ème concert de la saison des Clefs de Saint-Pierre.
Michele Spotti et les couleurs de la musique
Le jeune chef italien Michele Spotti était invité à diriger l’Orchestre national du Capitole, le 12 février dernier à la Halle aux Grains de Toulouse
Daniil Trifonov, l’invité des Grands Interprètes
Le samedi 21 février 2026, la Halle aux Grains reçoit le jeune pianiste et compositeur russe Daniil Trifonov pour un récital exclusif, à l’invitation de la 40ème saison des Grands Interprètes.
L’art sacré de Francis Poulenc
Le samedi 7 février dernier, l’Orchestre national du Capitole retrouvait à sa tête le chef catalan Josep Pons, un grand habitué des concerts toulousains dans un programme consacré à l’œuvre sacrée de Francis Poulenc.
-34ème EDITION DE LA FÊTE DE LA DANSE – HALLE AUX GRAINS – TOULOUSE
BALLET ILLICITE – Cor perdut – Maria del Mar Bonnet – Chor. Nacho Duato –©Stéphane Bellocq Le Lions Club Toulouse Assézat organise le 14 février prochain, à la Halle aux Grains à Toulouse, à 17h30, sa XXXIVème Fête de la Danse au profit d’enfants en souffrance. Comme de nombreux
La Nuit des Clefs de Saint-Pierre
Le 16 février prochain, six musiciens des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole animent le 5ème concert des Clefs de Saint-Pierre.