Strauss, Haydn, Brahms étaient au programme du concert donné à la Halle aux Grains par l’Orchestre national du Capitole, le 25 février dernier. A la veille du départ de la phalange toulousaine pour une tournée espagnole de quatre concerts, Tugan Sokhiev avait invité le grand violoncelliste norvégien Truls Mørk pour une nouvelle participation soliste. Il était en effet déjà l’hôte de l’orchestre et de son chef le 6 décembre 2007 pour une mémorable exécution du concerto de Dvorak.

Le violoncelliste norvégien Truls Mørk, soliste du concerto
n° 1 de Joseph Haydn, sous la direction de Tugan Sokhiev – Photo Classictoulouse

C’est dans le très beau et très subtil concerto n° 1 de Joseph Haydn qu’il apparaît cette fois. On retrouve avec bonheur cette sonorité chaleureuse, toujours pleine d’une grande distinction, d’une pureté absolue et néanmoins d’une richesse de timbre incomparable. Le jeu, tout en finesse et en profondeur, confère à cette partition, longtemps perdue puis retrouvée en 1961, une admirable noblesse. L’élégance, la grâce raffinée président au dialogue qui s’établit peu à peu dès le Moderato initial avec un orchestre fourni, mais sans lourdeur. Dans l’Adagio, le soliste déploie son chant d’une tendresse et d’un charme irrésistibles. A la limite du silence, il sait comme personne intérioriser un discours qu’il conduit vers la confidence. La folie gagne enfin l’Allegro molto final. Pris dans un tempo vertigineux, ce dernier volet explore toutes les facettes de la jubilation. Le délié, la volubilité des phrasés qu’imagine Truls Mørk impressionnent. Quant à la complicité qui s’établit avec l’orchestre, elle est aussi réjouissante à entendre qu’à observer. Les regards échangés en disent long sur le bonheur de jouer ensemble. Les acclamations que lui réserve le public obtiennent de la part du violoncelliste un bis décidemment très visité, le Chant des Oiseaux, du légendaire Pau Casals, déjà offert il y a quelques jours par le clarinettiste Michel Lethiec, invité de l’Orchestre de Chambre de Toulouse.

Tugan Sokhiev dirigeant la 4ème symphonie de Johannes Brahms

– Photo Classictoulouse –

Auparavant, Tugan Sokhiev choisit d’ouvrir le concert par une exécution contrastée du fameux poème symphonique de Richard Strauss Till Eulenspiegel lustige Streiche. Le brio de l’orchestre rend toute justice à l’incroyable orchestration de cette partition virtuose. Tugan Sokhiev joue sur les oppositions d’atmosphère, sur l’ironie, du murmure à l’explosion tonitruante. La pirouette finale qui suit l’exécution pitoyable du héros réjouit l’esprit de son éclat en forme de pied de nez.

La dernière des quatre symphonies de Brahms occupe toute la seconde partie. Un nouveau contraste expressif après le classicisme de Haydn. L’orchestre et son chef en donnent une version survitaminée. Agitée de drames et de passion, elle s’ouvre pourtant sur cette phrase calmement inquiète des cordes de l’Allegro non troppo. Tout ce premier volet évoque une sorte de combat dont l’épilogue se teinte de désespoir. L’Andante moderato, calme et presque résigné (admirable solo de cor), rejoint la marche d’un « Wanderer » à la Schubert, alors que l’Allegro giocoso explose dans l’effervescence d’une danse un peu sauvage. L’imposante architecture en forme de passacaille de l’Allegro energico e passionato final, sorte d’hommage au monde baroque, nous emmène très loin et très haut. L’éclat le plus débridé y côtoie un profond recueillement, comme celui que crée le solo de flûte central magnifiquement délivré par François Laurent.

Souhaitons une belle tournée espagnole à notre orchestre…

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