Concerts

Brahms éblouissant

Une certaine austérité qualifiée de trop « germanique » (un comble chez un compositeur allemand !) par les musiciens français du début du XX° siècle a un temps tenu le grand public éloigné de Johannes Brahms. Ce temps est bien révolu. La générosité, le souffle romantique de ses œuvres lui ont largement ouvert les programmes des soirées musicales de l’hexagone. Le flamboyant concert donné par l’Orchestre National du Capitole, le 21 octobre dernier, et qui lui était consacré, est de ceux qui marquent des jalons dans ce sens.

Sous la direction de Tugan Sokhiev, les musiciens de la phalange toulousaine enflamment le public de la Halle aux Grains qui leur réserve ce soir-là une véritable ovation largement méritée. Le concerto pour violon, qui occupe la première partie du concert, est l’occasion de recevoir pour la deuxième fois le grand violoniste israélien Vadim Gluzman. En 2009, il avait déjà ébloui public et musiciens dans le concerto de Tchaïkovski. Il revient cette fois avec sa puissante sonorité alternant l’airain, l’or et le miel, un incomparable sens des nuances, une énergie sans limite mais toujours maîtrisée, un absolu pouvoir de conviction.

Le violoniste Vadim Gluzman, soliste du concerto de Brahms dirigé par Tugan Sokhiev

– Photo Classictoulouse –

L’orchestre lui ménage une introduction d’une solennelle grandeur. La virtuosité et la profondeur que réclame cette partition restent l’apanage des grands violonistes. Ce n’est pas pour rien que le dédicataire de l’œuvre, l’ami de Brahms Joseph Joachim, l’avait tout d’abord trouvée injouable ! Que penser également de la réflexion du compositeur-violoniste Pablo de Sarasate qui refusait de la jouer, déclarant : « Pourquoi devrais-je attendre debout pendant que le hautbois joue la seule belle mélodie de l’œuvre ? »… Vadim Gluzman, quant à lui, réalise là un parfait équilibre entre rigueur et souplesse, précision et liberté. Sous son archet sensible, tout le concerto respire largement. La cadence du 1er mouvement restera comme le grand moment d’émotion de la soirée. Inquiétude, angoisse, ferveur s’y manifestent avec une rare intensité expressive soutenue par d’insondables silences. Et quelle bouleversante reprise de l’orchestre, comme une main consolatrice posée sur l’épaule de l’ami…

L’Adagio et sa large respiration doivent beaucoup à ce lumineux solo de hautbois, sublime mélodie (Sarasate n’avait pas tort sur ce plan !) admirablement phrasée par le jeune musicien nouvellement recruté, Olivier Stankiewicz, un grand talent à suivre. Quand enfin émerge la phrase bondissante qui ouvre le final, c’est comme une libération. L’orchestre et le soliste respirent d’un même souffle. La précision des échanges, l’esprit qui les unit, l’exaltation maîtrisée mais irrésistible qui parcourt tout cet Allegro giocoso bien nommé, donnent le vertige. Une ovation libératrice salue dans un même enthousiasme l’interprétation mémorable du soliste et la prestation orchestrale magistralement dirigée par Tugan Sokhiev. Le bis offert par Vadim Gluzman, l’Adagio de la première Sonate pour violon seul de Bach, instant d’éternité, plonge toute la Halle dans un silence hypnotique.

Le vaste dispositif orchestral réclamé par Schönberg pour sa transcription du premier Quatuor avec piano de Brahms – Photo Classictoulouse –

Le quatuor pour piano et cordes en sol mineur est l’œuvre d’un jeune homme de vingt-huit ans qui n’osait pas aborder la symphonie, inhibé qu’il était par l’ombre intimidante de Beethoven. Brahms donne néanmoins à cette pièce de musique de chambre l’envergure d’une symphonie, par sa durée comme par l’ampleur de ses développements. Trois quart de siècle plus tard Arnold Schönberg, qui admire Brahms, qualifié par lui de « progressiste », amplifie à tout l’orchestre cette belle partition de musique de chambre. Son orchestration, si fidèle qu’elle soit, et pour autant qu’elle ne modifie pas une note de l’original, rajoute des couleurs, des timbres, des sonorités instrumentales qui caractérisent la propre écriture du fondateur du dodécaphonisme et de la 2ème Ecole de Vienne. Cette version orchestrale, qualifiée par Schönberg lui-même de « Cinquième symphonie de Brahms », sollicite toutes les ressources de la vaste formation pour laquelle elle est écrite. L’Orchestre du Capitole y déploie un véritable feu d’artifice de couleurs. Tugan Sokhiev confère à cette partition dense et contrastée une transparence inattendue et rafraîchissante. Chaque pupitre se trouve ainsi bien identifié, les échanges si fréquents entre cordes et vents, bois et cuivres sonnent comme des dialogues vifs, clairement structurés. Les oppositions se manifestent avec vigueur. Le final « alla zingarese » prend des allures de « Danse hongroise ». Les percussions, plus schönbergiennes que brahmsiennes d’ailleurs, s’y déchaînent. L’évocation de l’original réunissant le premier violon, le premier alto et le premier violoncelle, bientôt rejoints par le second violon, y fleurit dans la jubilation. La course finale conclut l’œuvre dans une allégresse communicative qui donne des fourmis dans les jambes ! Là encore, le bonheur du public fait plaisir à voir.

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