Le huitième concert de la 40ème saison des Grands Interprètes a réuni à Toulouse l’Orchestre National de France, dirigé par le chef japonais Yutaka Sado et Thibaut Garcia le guitariste cher au cœur des Toulousains qui a acquis une grande renommée internationale. Ce soir du 12 janvier dernier, la Halle aux Grains a recueilli les échos de l’attrait que l’Espagne a exercé et exerce toujours sur les compositeurs de toutes nationalités.
Rappelons que l’Orchestre National de France, premier orchestre symphonique permanent créé en France, a été fondé en 1934. Il est ce soir-là à Toulouse dirigé par le chef japonais Yutaka Sado, né à Kyoto, et qui a débuté en France sa carrière hors du Japon. La dernière venue de l’orchestre dans la ville rose date du 29 mai 2024. Quant à Thibaut Garcia, il fait démentir le proverbe « Nul n’est prophète en son pays ». Le 15 décembre dernier en compagnie de son complice Antoine Morinière, il a ébloui le public avec leur version commune des Variations Goldberg de Johann Sebastian Bach.
Les musiques inspirées par l’Espagne à quelques compositeurs russe, français… et espagnols composaient le programme de cette soirée pleine de couleurs et de soleil. C’est le brillantissime Capriccio espagnol de Nikolaï Rimski-Korsakov qui ouvre cette joyeuse exploration ibérique. Les caractéristiques de dynamisme et de virtuosité de tout l’orchestre s’y expriment dès les premières mesures de cette pièce aux accents tziganes. On admire également les qualités individuelles de chaque soliste instrumental sollicité ici mais également tout au long du concert. Le violon solo, le cor, la flûte, le violoncelle, la clarinette, le cor anglais, notamment, brillent de tous leurs feux au sein d’une phalange au grand son.

C’est le mythique Concerto d’Aranjuez de Joaquín Rodrigo qui enchaîne. Dans cette partition aimée de tous les publics, qu’il a d’ailleurs déjà enregistrée, mais également dans tout le répertoire pour guitare, Thibaut Garcia s’est imposé comme l’un des musiciens les plus doués de sa génération. Permettez-moi d’insister sur le terme de « musicien » ! Thibaut Garcia utilise la parfaite technique de son jeu virtuose pour « faire de la musique »… Judicieusement sonorisé, le son de son instrument soliste se marie en parfait équilibre avec les richesses colorées de l’orchestre dès l’Allegro con spirito initial. L’Adagio qui suit, pièce emblématique, atteint ce soir-là un sommet d’émotion. L’intervention du cor anglais, la poésie avec laquelle Thibaut Garcia phrase la sublime cadence constitue une sorte d’apothéose expressive. L’Allegro final permet de redescendre sur terre avec le sourire.

Le succès est tel que le guitariste offre, non pas un, mais deux bis contrastés. Le premier puise dans le répertoire baroque. Les Voix humaines, composées par Marin Marais pour viole de gambe, sonne ici avec une indicible douceur. Le second bis offre ses lettres de noblesse à un immortel tango : La Cumparsita. Acclamation générale !

La seconde partie se consacre aussi à la vision de l’Espagne d’un certain Georges Bizet. En marge de cette expression, trois extraits de la Suite n° 2 de L’Arlésienne mêlent solennité et poésie. Les musiciens solistes de l’orchestre confèrent à cette succession toute sa saveur et sa poésie.
Entre les deux témoignages de musique française, ce programme permet la découverte d’une compositrice éminemment ibérique, Maria Rodrigo (1888-1967), sans aucun lien avec Joaquín Rodrigo. Également pianiste et professeure de musique classique elle a été la première femme à composer et produire un opéra en Espagne, intitulé Becqueriana. Extrait de cet ouvrage, la Marche, jouée en intermède, témoigne d’un beau talent de coloriste. L’orchestration brillante de cette courte pièce est habilement soulignée par Yutaka Sado et son orchestre.
Le programme de cette soirée se conclut sur les extraits les plus populaires des Suites n° 1 et n° 2 de Carmen. Yutaka Sado choisit de vivifier ainsi un résumé dynamique de l’opéra le plus représenté au monde ! Les Toréadors, Prélude, Habanera et Chanson bohème brossent un tableau vivifiant de cette musique éminemment populaire.
Le chef et l’orchestre répondent à l’enthousiasme du public avec une salve de bis qui prolongent la soirée. Un nouvel extrait de L’Arlésienne de Bizet met en évidence les talents conjugués de la harpiste et de la flûtiste dans le très séduisant Menuet de la Suite n° 2. Les deux bis qui suivent abordent un nouveau monde. Celui du concert viennois du Nouvel An avec la dynastie des Strauss ! La Pizzicato Polka du fils est suivie d’un des nombreux Galops de la famille. La soirée pourrait encore se prolonger, mais cette pièce endiablée donne le signe du départ…
Serge Chauzy
Programme du concert
Nikolaï Rimski-Korsakov : Capriccio espagnol
Joaquín Rodrigo : Concerto d’Aranjuez
Georges Bizet : L’Arlésienne, Suite n°2
Maria Rodrigo : Becqueriana, Marche
Georges Bizet : Carmen, extraits de la suite n°1 (Les Toréadors, Prélude) et de la suite n°2 (Habanera, Chanson bohème)
