Concerts

Les belles couleurs françaises

Trois œuvres de musique romantique française composaient le concert donné le 13 janvier dernier par l’Orchestre national du Capitole. Le directeur musical de la phalange toulousaine, Tugan Sokhiev, prolonge ainsi la tradition établie au cours des décennies précédentes par Michel Plasson. L’orchestre conserve, dans ce domaine, une incomparable légitimité, un savoir-faire indiscutable et une palette de couleurs devenue rare parmi les formations actuelles. Tugan Sokhiev lui confère en outre une intensité et un relief sonore nouveau.

Tugan Sokhiev et l’Ochestre national du Capitole à l’issue de l’exécution de

la symphonie en ut de Bizet
– Photo Classictoulouse –

Les œuvres purement orchestrales de Jules Massenet n’ont pas vraiment assuré la notoriété du compositeur de Manon et de Werther. Sa production lyrique a rapidement éclipsé ses quelques partitions symphoniques qui méritent pourtant mieux que cet oubli poli. Les « Scènes de féerie », suite pour orchestre n° 6, qui ouvrent le concert, dévoilent un talent mélodique certain. Les trois mouvements joués ce soir-là mettent joliment en valeur les qualités instrumentales de l’orchestre. Le Ballet offre à la harpe un épisode d’une redoutable virtuosité que la soliste Gaëlle Thouvenin soutient de sa musicalité sans faille. Dans L’Apparition, un splendide solo de cor, sensible et rêveur, permet une fois de plus à Jacques Deleplancque de démontrer l’ampleur et la subtilité de son talent. Quant au final, Bacchanale, il déploie un dynamisme presque sauvage de tout l’orchestre dont le chef sollicite avec bonheur toutes les ressources.

Curieusement, la Symphonie en ut, du tout jeune Georges Bizet de dix-sept ans, n’a en rien souffert d’une quelconque éclipse, dès sa redécouverte en 1933. La fraîcheur de son inspiration, la finesse de son écriture en perpétuent le charme. Dès les premiers accents de l’Allegro vivo, Tugan Sokhiev la dirige sans en édulcorer l’intensité ni la force. L’Adagio bénéficie ici du grand talent, de la parfaite musicalité du jeune hautbois soliste, Olivier Stankiewicz, qui fait de son solo un rêve éveillé. Une ovation largement méritée saluera sa performance. Après le lyrisme chaleureux du Scherzo, l’Allegro vivace final scintille comme du vif argent. Une science aigüe de la nuance caractérise toute cette interprétation.

L’altiste Antoine Tamestit, soliste de la symlphonie « Harold en Italie »

– Photo Classictoulouse –

Avec Harold en Italie, l’autre symphonie d’Hector Berlioz, le romantisme se manifeste dans tous ses états. L’orchestration somptueuse, la force des idées musicales, la forme même en font un chef-d’œuvre absolu. L’alto solo, qui incarne le personnage byronien de Childe Harold, ne cherche pas ici à jouer les solistes d’un concerto que la partition n’est pas. L’excellent Antoine Tamestit se glisse dans la peau de ce héros avec une science et une sensibilité admirables. Après le crescendo volcanique de l’introduction que Tugan Sokhiev déchaîne et maîtrise parfaitement, l’entrée en scène de l’alto émeut au plus haut point. Le thème d’Harold énoncé pianissimo par le soliste va droit au cœur. Antoine Tamestit sait adapter sa sonorité au propos qu’il défend. Les arpèges grinçants de la Marche des Pélerins, la poésie nocturne de la Sérénade témoignent de bien autre chose que d’un savoir-faire technique. Sa reprise de parole après l’épisode éblouissant de l’Orgie des brigands sonne comme un adieu touchant. L’orchestre déploie tout au long des quatre mouvements une débauche de couleurs, une incandescence sonore véritablement impressionnantes et réalisées dans un parfait équilibre des pupitres et un respect absolu des nuances.

Acclamé par un public enthousiaste, Antoine Tamestit joue magnifiquement en bis le Capriccio, composé par Henri Vieuxtemps en hommage à Paganini. Comme pour rappeler ironiquement que ce dernier, dédicataire d’Harold en Italie, avait dédaigné la partition de Berlioz dans laquelle il trouvait insuffisante la présence du soliste…

Signalons que ce concert, filmé et enregistré en direct, est visible sur le site internet www.medici.tv. Le lien d’accès à ce concert est le suivant :

http://fr.medici.tv/#!/tugan-sokhiev-antoine-tamestit-french-music-massenet-bizet-berlioz

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