Les premières « Rencontres des Musiques anciennes en Midi-Pyrénées », organisées par Odyssud, offraient à l’ensemble de cuivres anciens « Les Sacqueboutiers » l’occasion de présenter au public une version nouvelle du fameux mini-opéra de Monteverdi « Il Combattimento di Tancredi e Clorinda ».

Les Sacqueboutiers à Odyssud – « Il Combattimento di Tancredi e Clorinda ».

Au premier plan, le récitant, Furio Zanasi
(Photo Patrice Nin)

Le concert du 29 mars dernier revêtait ainsi la forme d’un défi ; celui d’une instrumentation pour cuivres de la partition que le grand compositeur avait destiné aux cordes. Deux manifestations introductives, une table ronde animée, réunie autour d’Emmanuel Gaillard, directeur d’Odyssud, et une passionnante conférence de Philippe Canguilhem, évoquaient en profondeur ce problème de la distance existant entre le manuscrit et le concert.

Les musiciens des Sacqueboutiers, Jean-Pierre Canihac et Marie Garnier-Marzullo (cornetti), Daniel Lassalle et Sylvain Delvaux, sacqueboutes, Christine Payeux (viole et violone), Eduardo Ergüez (théorbe et guitare), entraînaient autour d’eux dans cette belle aventure les chanteurs Adriana Fernandez, Juan Sancho et Furio Zanasi.

Force est de constater que ce chef d’œuvre du « stile concitato », ne perd rien au changement d’instrumentation. Les cuivres, plus incisifs, plus percutants que les cordes originelles donnent une autre vision de la partition. Ils évoquent avec force et vraisemblance les violences de la bataille que se livrent les deux amants. Les ornementations raffinées qu’élaborent avec art les musiciens contrastent de manière saisissante avec les sections imitatives comme cette incroyable évocation du galop du cheval qui sonne ici de manière hallucinante. Le splendide continuo magnifie par son accompagnement le récit palpitant qui nous est conté.

Et quel récitant ! Le grand spécialiste de ce répertoire, le baryton Furio Zanasi, anime cette action poignante de la plus émouvante façon. Bien que grippé le soir de la représentation, il commente la tragédie avec une éblouissante conviction. La voix, le style, l’engagement dramatique, la parfaite diction, en font le grand monteverdien du moment. Juan Sancho incarne le rôle du chevalier chrétien Tancredi d’une belle voix épanouie, alors que la soprano Adriana Fernandez plie aisément son timbre lumineux à l’action guerrière comme aux bouleversants soupirs d’agonie de la musulmane Clorinda. L’émotion reste palpable de bout en bout.

Les musiciens de l’ensemble « Les Sacqueboutiers » en pleine action (Photo Patrice Nin)

Cette splendide exécution était précédée d’une « Paraphrase sur le Combat de Tancrède et Clorinde », pour clarinette solo, du compositeur anglais d’origine allemande Alexander Goehr. Datée de 1969, cette partition étonnante, dramatique, angoissante, pourrait être une « sequenza » supplémentaire signée Luciano Berio. Le jeune clarinettiste François Lemoine, doté d’une admirable technique instrumentale, déclame avec science et sensibilité cette évocation du drame monteverdien.

Trois belles partitions supplémentaires complétaient ce tableau musical de la Renaissance italienne. Une de ces très virtuoses sonates de Dario Castello, la « Sonata sedici, sopra la battaglia », ouvrait le bal sur une éblouissante démonstration de raffinement instrumental dont les Sacqueboutiers ont le secret. Dans le mini-opéra de Paolo Qualiati, « Carro de fedelta d’amore » et dans le motet « Tirsi e Clori », de Monteverdi, les voix des solistes sont enchâssées dans un continuum instrumental de grande classe.

Cette dernière partition ainsi que l’exécution du « Combattimento » bénéficiaient en outre d’une illustration chorégraphique signée de deux danseurs italiens bien au fait de la rhétorique baroque. Avec élégance et expressivité, Bruna Gondoni et Marco Bendoni s’intègrent parfaitement au discours musical. Leur combat conjugue une gestique en miroir qui s’intègre sans redondance dans le récit musical.

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