Concerts

Les musiques du cœur

Toulouse accueille la Philharmonie de Rotterdam. Au début de la saison 2008-2009, cette splendide phalange a choisi à sa tête le généreux et très attachant chef québécois Yannick Nézet-Séguin pour succéder à Valery Gergiev. L’orchestre et son dynamique directeur musical sont les invités de la saison des Grands Interprètes pour deux soirées exceptionnelles.
Lors de la première soirée du 21 mars, une atmosphère très particulière règne sur Toulouse. Le responsable des atroces tueries des jours précédents vient d’être localisé et son arrestation est en cours. Une certaine fièvre reste palpable. A l’ouverture du concert, Yannick Nézet-Séguin s’adresse au public. Avec des mots simples et que l’on sait sincères, il dédie cette présentation aux victimes de ces terribles événements : « La musique pour apaiser les cœurs ». Un grand merci lui soit adressé !

Yannick Nézet-Séguin à Toulouse, à la tête du Rotterdam Philharmonic Orchestra

– Photo Classictoulouse –

C’est avec Beethoven et Mendelssohn que cette solidarité se manifeste. Ce soir-là, l’orchestre néerlandais, sous la direction de son chef actuel, confirme ses atouts incontestables révélés lors de son précédent concert toulousain, donné le 26 octobre 2001, sous la baguette de Valery Gergiev. Qualités individuelles des différents pupitres, cohésion parfaite, dynamique extrême, réactivité instantanée. La très rare ouverture de l’unique ballet beethovénien « Die Geschöpfe des Prometheus » (Les Créatures de Prométhée) donne le ton. La musique coule comme du vif argent. Le dynamisme de Yannick Nézet-Séguin s’y manifeste avec une allégresse spontanée qui fait chaud au cœur.

Avec la 3ème symphonie, Sinfonia Eroica, qui occupe toute la seconde partie du concert, le propos est évidemment tout autre. Ce manifeste fondateur du romantisme militant, cet appel à l’humanité tout entière propulse Beethoven vers l’avenir. L’autorité impressionnante dont le chef fait preuve ici éclate dès les deux accords liminaires de l’Allegro con brio. Toute la partition bruisse d’une vitalité irrésistible. A tout moment il se passe quelque chose. L’agogique, cette science de l’organisation des nuances sur la distance, est bien ici au service de la construction de l’édifice. Le premier mouvement, complexe en diable, tout en rupture, trouve sa logique dans le sens des contrastes, dans l’organisation des phrasés, dans la permanence d’une respiration basée sur les oppositions tension-détente, admirablement programmées. Tragique et profonde, la fameuse Marcia funebre touche les cœurs et les esprits. La grâce légère du Scherzo n’en est que plus apaisante. Effervescence lumineuse, momentanément interrompue par la bonhomie du trio dominé par les cors. Le chef compose le final comme un grand crescendo. Chaque variation du thème générateur développe ses propres caractéristiques dans la transparence et pourtant dans la continuité du discours. L’apothéose de la coda emporte l’adhésion. Le public fait un véritable triomphe à cette magistrale exécution.

Le jeune violoniste Stefan Jackiw, soliste du concero n° 2 de Mendelssohn, avec

l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam, dirigé par Yannick Nézet-Séguin

– Photo Classictoulouse –

Entre les deux partitions de Beethoven, le célébrissime deuxième concerto pour violon et orchestre du tendre Felix Mendelssohn, révèle le talent d’un jeune musicien exceptionnel. Stefan Jackiw, d’origine allemande et coréenne, possède d’abord une sonorité d’une ampleur et d’une richesse étonnantes paradoxalement associées à une légèreté lumineuse. L’énergie de son phrasé ne gomme rien de la tendresse dont il charge le thème initial de l’Allegro molto. L’auditeur respire avec lui. Et quel élan, quelle intense et profonde beauté de la cadence qu’il ne réduit pas à une simple performance virtuose. La sensibilité extrême qui est la sienne dans l’émouvant Andante évoque celle d’une confidence en forme de lied. Dans l’éblouissant final et la course poursuite avec un orchestre rutilant mais jamais envahissant, le soliste mêle fantaisie et virtuosité au service d’une irrésistible expression de bonheur.

Le sublime Largo de la Sonate en ut majeur de Johann Sebastian Bach, joué en bis pour remercier l’accueil enthousiaste du public, ramène la sérénité dans un parfum d’éternité reconquise.

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