Concerts

La danse et le chant

Jean-Christophe Spinosi est un spectacle à lui seul. Sa gestique de chef d’orchestre, qui tient du mime et de la chorégraphie, ne ressemble à aucune autre. A la tête de l’Orchestre du Capitole, le 6 mars dernier à la Halle-aux-Grains, il virevolte comme un beau diable, caracole sur son podium dont il décolle épisodiquement, titille chaque pupitre, entraînant tout l’orchestre dans un tourbillon d’un étonnant dynamisme.

Jean-Christophe Spinosi

(Photo Serge Derossi – Naïve)

Un grand bravo aux musiciens toulousains dont la précision d’exécution, la réactivité épousent fidèlement les sollicitations parfois inattendues du chef. Cette effervescence de la baguette anime chaque exécution d’une indéniable et irrépressible vitalité. Néanmoins, les conséquences en sont diverses.

Dans la symphonie n° 82, dite « L’Ours », de Haydn, la partition est comme examinée à la loupe. La lecture en souligne chaque détail, chaque phrasé, dans une sorte d’hypertrophie des nuances. Les contrastes de dynamique sont accusés jusqu’à l’excès, les rythmes, martelés par une timbale conquérante (bravo à Jean-Loup Vergne !), explosent à tout instant.

Certes, on ne s’ennuie pas, mais cela manque de fluidité. Avec Rossini, le résultat est un peu différent. La mécanique des crescendos s’insinue partout avec une folie communicative. Pourtant, certains tutti écrasent les sonorités orchestrales, masquant par endroit la richesse fruitée de l’orchestration. Les ouvertures de « La pietra del paragone », de « La Gazza ladra », de « L’Occasione fa il ladro » rappellent pourtant quel formidable orchestrateur fut Rossini.

La mezzo-soprano américaine

Vivica Genaux

Saluons enfin les interventions vocales de la très belle Vivica Genaux. De la touchante Isabella de « L’Italiana in Algeri » à la Rosine rouée de « Il Barbiere di Siviglia », en passant par la Clarice inquiète de « La Pietra del paragone » la mezzo-soprano américaine incarne vocalement ses personnages. Dans ce dernier extrait, Jean-Christophe Spinosi lui donne lui-même la réplique en écho d’une voix… de chef d’orchestre ! Vivica Genaux possède un timbre de bronze aux belles couleurs dont l’étagement n’est pas sans rappeler celui de la grande Marilyn Horne aux graves sans fond. Son agilité n’est jamais prise en défaut. Elle ornemente avec beaucoup d’imagination toutes les reprises composées pour cela même par Rossini. Son succès l’amène d’ailleurs à aborder en bis le répertoire baroque dans lequel elle excelle tout autant.

L’air de Ruggerio, de l’« Alcina » de Haendel le démontre avec panache.

Une mention spéciale doit être accordée à François Laurent, flûtiste solo de l’orchestre, qui improvise avec finesse et musicalité une transition bien rossinienne entre les deux dernières pièces du programme. Quel talent !

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