Festivals

Dialogues nocturnes

Le talent d’un interprète se mesure aussi à la qualité d’un programme musical. Celui que présentait Guillaume Coppola au cours du 33ème Festival International Piano aux Jacobins, le 15 septembre dernier, mérite une attention toute particulière.
Tous les récitals organisés au musée d’art moderne Les Abattoirs possèdent cet attrait particulier d’associer une œuvre picturale du fonds à un programme musical. A cet égard, Guillaume Coppola s’est profondément investi dans sa composition qui suscite les correspondances entre l’œil et l’oreille, d’une part, entre les pièces jouées elles-mêmes, d’autre part. Dans la toile de Monique Frydman, qui appartient à la série intitulée Les dames de nage, « La liquidité, la transparence, le glauque, l’humide ont nourri lentement, comme par strates, la toile. Les vertes humeurs, jusqu’aux bruns calcinés, laissent filtrer des embryons de formes libres en mouvements. » C’est ainsi que l’artiste caractérise elle-même son œuvre. La matière et les couleurs du tableau évoquent une vision renouvelée de l’Impressionnisme. Comment ne pas penser à certaines combinaisons fugitives des Nymphéas de Monet ?

Le pianiste Guillaume Coppola pendant son récital du 15 septembre 2012 au musée

Les Abattoirs auprès du tableau « Les dames de nage » de Monique Frydman

– Photo Classictoulouse –

Comme l’évoque Baudelaire, « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » La succession des partitions présentées, telle qu’elle est imaginée par Guillaume Coppola, obéit au principe du dialogue. Avec des mots simples et une grande sensibilité, le pianiste en présente d’ailleurs le contenu et le fil conducteur.

Plongeant ses racines dans l’art subtil et nouveau de Debussy, ce programme s’écoute comme une série de mises en relation. En introduction à ce voyage dans le temps et l’espace, la soirée débute par les trois Pauses ininterrompues du Japonais Tōru Takemitsu, héritier spirituel avoué de Debussy. La première pièce, « Slowly, sadly as if to converse with », joue sur les résonances d’un temps dilué. La deuxième, « Quietly and with a cruel reverberation » se veut hommage à Webern, co-initiateur de la deuxième Ecole de Vienne. Comme il se doit, les silences y jouent un rôle important. La troisième, « A song of love » adoucit les angles et se fond là encore dans le silence. Les deux pièces suivantes possèdent une histoire commune. Les couleurs nocturnes et le rythme obsédant de La Puerta del Vino, extrait du livre II des Préludes de Claude Debussy, trouvent un prolongement ramifié dans la pièce Ombres, composée par Isabel Pires à l’intention de Guillaume Coppola et inspirée précisément par le prélude de Debussy.

Le monde de l’enfance nourrit la séquence suivante. Le Kinderstück, d’Anton Webern, tout en retenue ascétique, en allusions, en ellipses, précède le frémissant cycle de Debussy Children’s corner. Guillaume Coppola en explore avec subtilité les couleurs et les contrastes, de la tendre caricature « Doctor Gradus ad Parnassum » au déhanchement du « Golliwogg’s Cakewalk », en passant par l’évanescente « The Snow is dancing ».

C’est sur un contraste encore plus saisissant que se conclut le programme. A la suite de « Brin », brève partition, ténue, « silencieuse », extraite des Six encores pour pianos de Luciano Berio, explose l’étrange et belle pièce du Chinois Gao Ping, Night Alley Cette évocation de l’agitation et du vacarme qui règnent dans les immeubles communautaires renferme une pépite, comme un souvenir cher qui hante le compositeur. Emergent de ce brouillon sonore quelques bribes d’une Mazurka de Chopin. Apparition fantomatique qui finit par se fondre dans le bruit ambiant.

Tout au long de ce voyage passionnant, le pianiste démontre une science des timbres, des rythmes, une sensibilité que la clarté limpide de son jeu rend évidents. Deux bis prolongent encore avec bonheur ce périple. L’Espagne et Enrique Granados rehaussent encore les couleurs du paysage : Allegro de concierto et la 5ème des Danses Espagnoles, Andaluza. Un répertoire que Guillaume Coppola investit avec fougue et qui fait d’ailleurs l’objet de son dernier album CD.

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