Festivals

Mozart et Beethoven tels qu’en eux-mêmes

Le 16 octobre dernier, à l’heure du brunch, Yasuko Uyama-Bouvard offrait au festival Toulouse les Orgues un récital d’exception sur son splendide pianoforte, copie d’Anton Walter (vers 1790 à Vienne), et élaboré par Christopher Clark. Hébergée dans la très belle église Saint-Pierre des Chartreux, sa prestation réunissait un bouquet de chefs-d’œuvre signés Mozart et Beethoven. Trois partitions géniales (tant pis si le terme est si souvent galvaudé…) qui possèdent en outre en commun leur tonalité d’ut mineur. Une tonalité particulièrement connotée qui n’est jamais très éloignée de la tragédie.

Néanmoins, Yasuko Uyama-Bouvard proposait au public, en guise d’amuse-bouches, une sorte de bonbon viennois d’une savoureuse légèreté, la Fantaisie en fa mineur pour orgue mécanique composée par Mozart à la fin de sa courte vie. Un délice de fraîcheur que l’interprète joue avec esprit sur le bel orgue de cette église, orgue dont elle est la titulaire.

Yasuko Uyama-Bouvard sur son pianoforte Christopher Clark
(Photo Classictoulouse)

La suite du récital plonge l’auditoire dans un monde d’émotion intense. La fameuse Fantaisie en ut mineur KV 475 de Mozart, évoque une poignante méditation qui alterne les épisodes dramatiques et lyriques. Le déroulement de l’œuvre bénéficie d’une liberté incroyable que l’interprète fait sienne. Les sombres couleurs du pianoforte semblent véritablement conçues pour cette partition. Le poids des silences, tels qu’ils s’imposent dans cette exécution si proche du texte, ouvre de sublimes abîmes. On retient malgré soi sa respiration et la gorge se serre.

Yasuko Uyama-Bouvard choisit, à juste titre d’enchaîner sans interruption cette Fantaisie sur la Sonate KV 457, également en ut mineur et exactement contemporaine, toujours de Mozart. La même atmosphère « de solitude et de passion » se retrouve ici. Les contrastes dynamiques, générateurs d’agitation passionnée du Molto allegro initial, sont admirablement ménagés par l’interprète et son pianoforte, devenus indissociables. L’accalmie de l’Adagio précède l’agitation fébrile du final que ponctue une sorte de ritournelle haletante proche de l’obsession. Tragique et désespéré, ce final rejoint par delà les ans les plus bouleversantes pages du dernier Beethoven.

Et c’est justement sur Beethoven et sa célèbre sonate « Pathétique », encore une fois en ut mineur, que s’achève le concert. Une plongée de plus dans la tragédie intime. Explicitement écrite « pour clavecin ou pianoforte », sa date de composition correspond exactement à l’époque de construction du modèle de pianoforte joué par l’interprète. Elle débute par un impressionnant et dramatique portique noté Grave, qui s’enchaîne sur une haletante course à l’abîme. L’Andante cantabile, puis le Rondo final développent une incroyable quantité d’idées musicales et expressives que l’interprétation de Yasuko Uyama-Bouvard colore comme une partition d’orchestre. L’émotion, encore et toujours, est au cœur de la musique.

Une ovation debout salue la pianiste et sa généreuse prestation. Le bonheur au bout des doigts…

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