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Eblouissant Christian Zacharias, baroque et romantique

Le grand pianiste, mais aussi chef d’orchestre, allemand est devenu, au fil des ans, l’un des fidèles habitués du festival toulousain. Déjà présent en 2015, Christian Zacharias présentait, ce 7 septembre dans le cloître des Jacobins plein à craquer, un programme particulièrement élaboré, résultat d’une réflexion intelligente et raffinée sur les liens organiques qui se tissent entre des musiques proches par l’esprit, par la lettre ou par le caractère.
Christian Zacharias possède l’élégance naturelle de l’artiste. La grande rigueur de son jeu, jamais complaisant, s’accompagne toujours d’une grande humanité. Orfèvre de la ligne mélodique, de la nuance, il ne surcharge jamais l’expression qui naît de la partition elle-même, sans s’y rajouter. Les deux volets de son récital toulousain investissent deux domaines majeurs de l’Histoire de la musique. La période baroque occupe toute la première partie. Mais oui, toute, même si Maurice Ravel vient malicieusement s’insérer entre Domenico Scarlatti et le Padre Antonio Soler ! La seconde partie, consacrée à Frédéric Chopin, frappe au cœur-même du romantisme.

Le pianiste ouvre ainsi la soirée sur l’effervescent babillage de cinq des 555 sonates composées par Scarlatti, l’Italien installé à la cour de Madrid. Ces Essercizi per gravicembalo (Exercices pour le clavecin) furent en grande partie destinés à la Cour du Portugal puis à celle d’Espagne où le compositeur suivit la reine Maria Barbara. Chefs-d’œuvre de concision et de virtuosité, ces sonates en un seul mouvement, évoquent ces miniatures picturales dont la richesse dépasse la petitesse des dimensions. Christian Zacharias en dévoile avec art toutes les subtilités expressives qui se succèdent, se bousculent, se complètent. D’une seconde à l’autre, on passe ainsi de la nostalgie touchante (début de la sonate K 162), à l’insouciante légèreté, de la tendresse intravertie à la gravité voire à l’angoisse. Eblouissant témoignage !

Le grand pianiste allemand Christian Zacharias
– Photo Ari Mintz –

Sans longue transition, la Sonatine de Ravel succède à cette effervescence. Si plusieurs siècles séparent cette partition des précédentes, l’esprit qui les relie devient une évidence. Étincelante, limpide, la Sonatine affiche une concision proche de celle des Sonates de Scarlatti. Elle en prolonge l’esprit et la nostalgie qui l’imprègne s’écoute comme l’évocation d’un souvenir lointain. L’interprète en dévoile les subtilités avec un toucher qui allie élégance et délicatesse.

Lorsque résonnent, à la suite, les quatre Sonates du Padre Antonio Soler, on reçoit différemment ces pièces qui cumulent des avalanches de rythmes et de couleurs. Celui qui fut l’élève de Scarlatti a retenu la leçon du maître tout en apportant sa touche, celle d’une opulence harmonique et d’une recherche de timbres nouveaux. La boucle est bouclée avec ce retour au baroque historique.

Il ne faut pas moins d’un entracte assumé pour aborder à l’autre rivage de la soirée, tout entier occupé par la musique de Chopin. Mais là aussi, la succession et l’organisation des partitions choisies obéissent à une logique expressive et musicale imparable. Le pianiste choisit astucieusement d’encadrer quatre des plus belles et profondes Mazurkas par deux Scherzos enflammés. Le Scherzo n° 1 en si mineur de l’opus 20, qui ouvre la marche, illustre magnifiquement la phrase d’Alfred Cortot à propos de ces partitions : « Ce sont des jeux, cependant, mais terrifiants ; des danses, mais enfiévrées, hallucinantes ; elles semblent ne rythmer que l’âpre ronde des tourments humains. » C’est bien ainsi que Christian Zacharias aborde ce premier volet, parfois surnommé « Banquet Infernal », et qui aurait été composé, selon la légende, durant une nuit d’angoisse dans la cathédrale de Vienne… Dans le Scherzo n° 2, l’interprète prend bien soin d’exalter la richesse des couleurs tout autant que le lyrisme du cantabile.

Entre ces deux opulents Scherzos, les quatre Mazurkas choisies (opus 41 n° 1, opus posthume en la mineur, opus 17 n° 4 et opus 30 n° 4) ramènent le propos à l’échelle humaine de l’intime. La tendresse, le ton de la confidence, la plus profonde nostalgie s’y expriment avec la complicité d’un interprète qui n’en rajoute pas, qui fuit toute sensiblerie excessive. L’émotion n’en est que plus intense. Elle atteint son sommet dans la Mazurka en la mineur, opus 17 n° 4, proche du désespoir.

Acclamé comme il se doit par un public légitimement ébloui, Christian Zacharias revient à Chopin avec la Valse opus 64 n°2 en ut dièse mineur, puis à Scarlatti avec la Sonate en sol majeur K 55. Le plaisir des rapprochements inattendus !

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