Disques

Des sphères aux vagues

Le compositeur Patrick Burgan, Professeur Associé à l’Université de Toulouse où il enseigne l’écriture et l’improvisation, possède une imagination musicale particulièrement féconde. Sa musique, d’une écriture indéniablement expressive et sensuelle, revêt un caractère poétique et évocateur. Il excelle autant dans le domaine instrumental que dans le domaine vocal. Le présent album, paru tout récemment, confirme l’originalité du compositeur et son goût pour les références littéraires.
Vainqueur de nombreux concours de composition et plusieurs fois lauréat de l’Institut, Patrick Burgan a été pensionnaire de la Casa de Velasquez à Madrid de 1992 à 1994, a reçu en 2000 le prix Claude Arrieu de la SACEM pour l’ensemble de sa production. Ses œuvres adoptent chacune une forme directement dictée par le contenu qui les motive. Son langage, polyphonique et mélodique, développe un pouvoir expressif immédiatement perceptible.

Il publie cette fois trois pièces lumineuses qui empruntent la forme du poème symphonique tout en colorant la texture orchestrale dans la mouvance « spectrale », telle que l’a développée notamment le regretté compositeur Gérard Grisey. Les trois partitions réunies dans cet album possèdent quelques points communs évidents et brossent ainsi un portrait significatif de Patrick Burgan.

O
Sphères, 5 pièces pour grand orchestre, date de 2002. Objet d’une commande de Radio-France pour l’émission « Alla breve », sa structure résulte de celle de l’émission en question. Les cinq étapes de cette courte partition représentent à la fois cinq des planètes du système solaire (comment ne pas penser à Gustav Holst ?) et les portraits des quatre fils et de l’épouse du compositeur. Une séduisante fluidité ravélienne ouvre la séquence (Séléné) dont chaque élément possède sa propre personnalité.

De Mars à Vénus, en passant par Mercure et Jupiter, gageons que le compositeur a cherché à associer les symboles des astres évoqués aux caractères propres des dédicataires ! L’Orchestre national de France, dirigé par Pascal Rophé, rend pleine justice aux miroitements sonores de l’œuvre.

Plus ancienne encore, la partition Vagues, pour orchestre, a été enregistrée en 1990 par l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire, sous la direction de Jean-Sébastien Béreau. Cette séquence de six épisodes présente en filigrane quelques allusions subtiles à l’œuvre de Wagner. Tout aussi colorées que dans l’œuvre précédente, les étapes recèlent quelques pépites d’une séduction immédiate. Pour peu que l’on soit suffisamment attentif, il est possible de percevoir en particulier la citation au hautbois du thème de l’Enchantement du Vendredi Saint, de Parsifal. Le Crépuscule des dieux, avec les cruelles fanfares de cuivre des Gibichungen pointe également sa corne. Et au-delà, les derniers trilles de flûte qui concluent l’œuvre évoquent peut-être la Danse des sept voiles de la Salomé de Richard Strauss…

La pièce la plus développée des trois, Le Lac, est une « Méditation symphonique pour soprano et orchestre » sur le fameux poème éponyme d’Alphonse de Lamartine. Et c’est bien ainsi que cette partition élaborée se reçoit. Les vers du poète sont comme analysés musicalement et délivrés avec finesse et intensité par la soprano Valérie Condoluci, l’Orchestre Colonne étant dirigé par Laurent Petitgirard. Cette autre commande de Radio-France a été créée en 2001 par l’Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé alors par Eliahu Inbal. Elle est enregistrée ici dans sa révision de 2014. L’introduction, mystérieuse et hypnotique, est confiée au violoncelle solo qui donne le ton de cette illustration impressionnante. La voix féminine se love sans redondance mais avec conviction dans les mots de Lamartine. Le murmure se substitue parfois au chant, adoptant ainsi le ton de la confidence. Ceci jusqu’aux confins du silence, partie intégrante de l’œuvre.

Voici donc un beau témoignage musical d’un compositeur dont Toulouse bénéficie de l’intense activité. Signalons enfin que Patrick Burgan a obtenu le Prix des Professeurs au 20ème Grand Prix Lycéen des Compositeurs. La remise du Prix a eu lieu le 4 avril 2019 à l’Auditorium de Radio-France.

Partager

Leonardo da Vinci…code
Un suspense digne du scénario d’un fascinant blockbuster existentiel.
Le récital toulousain de Pretty Yende aux Grands Interprètes
Le dernier concert de la 40ème saison des Grands Interprètes, le 28 mai dernier, a reçu pour la première fois à Toulouse la soprano sud-africaine Pretty Yende.
Reinoud Van Mechelen fait entrer Les Boréades au répertoire du Capitole
En cette soirée du 27 mai 2026, une salle comble et une ovation générale sont venues saluer l’entrée au répertoire du Théâtre du Capitole du dernier opéra de Jean-Philippe Rameau : Les Boréades. C’est dans une version concert et au cœur d’une tournée européenne, qui amènera l’œuvre de Dortmund à
La nouvelle saison 2026/2027 de l’Orchestre national du Capitole, vitrine de l’excellence internationale
Le 26 mai dernier, les responsables de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse ont dévoilé le contenu de la nouvelle saison.
La grande tournée de l’Orchestre national du Capitole
En juin 2026, l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et son directeur musical, Tarmo Peltokoski, entreprennent une tournée exceptionnelle au Japon
Beau dialogue musical franco-italien
Le concert de l’Orchestre national du Capitole du 23 mai dernier recevait le chef espagnol Roberto González-Monjas et le baryton français Stéphane Degout.