Le 11 octobre dernier, pour son premier concert de la saison 2026 – 2027, Toulouse Guitare invitait à la Chapelle des Carmélites le Duo Odelia, composé de Marie Sans et Alice Letort. Jouant sur des guitares romantiques des années 1825, les deux musiciennes ont proposé un programme qui met essentiellement en lumière la musique du XIXème siècle. Elles explorent aussi un répertoire de l’époque baroque au travers de leurs transcriptions.
Une fois encore, la belle tradition selon laquelle chaque prestation des invités prestigieux de ces concerts est précédée de l’intervention d’un ou d’une jeune guitariste. Cette intervention lui permet ainsi de se faire connaître d’un large public. Cette fois, la première partie de cette fin d’après-midi dominicale est animée par une jeune étudiante du pôle Supérieur de Bordeaux, Leila Lassalle-Santamaria. Ce soir-là, la guitare est décidemment féminine !
Leila Lassalle-Santamaria présente avec assurance et finesse les trois pièces qu’elle a choisies. Elle joue tout d’abord le dernier des 24 Caprichos de Goya para la guitarra, op. 195, du compositeur florentin Mario Castelnuovo-Tedesco. Dès cette première partition, la jeune musicienne fait preuve d’une remarquable maturité. Son jeu nuancé traduit avec poésie la nostalgie de ce beau Caprice. Avec les Due Canzoni lidie composées en 1984 par l’Italien Nuccio D’Angelo (né en 1955), la guitariste aborde un langage moderne et contrasté qu’elle domine avec précision. Enfin, le Choro da Saudade du compositeur paraguayen Agustín Barrios Mangoré, la mélancolie prend des allures brésiliennes ici aussi parfaitement assimilée. Voici une jeune musicienne à laquelle on peut prédire un bel avenir.

Le Duo Odelia, autrement dit Marie Sans et Alice Letort, lui succède. Depuis 2020, le duo joue sur des guitares de François Roudhloff, luthier originaire de Mirecourt, datant probablement de 1825 et 1827. On découvre alors une sonorité rare, délicate et profonde, d’une finesse exemplaire. La combinaison des deux instruments évoque une entité unique qui aborde un répertoire de pièces originales et de belles transcriptions réalisées par les interprètes elles-mêmes. La succession de séquences intelligemment agencées construit un programme ouvert et original.
La première pièce intitulée Les deux amis, de l’Espagnol Fernado Sor, est écrite pour un duo de guitares. Elle évoque un échange, avec l’esquisse d’un sourire. Elle est suivie par une séquence de trois transcriptions. L’espiègle Polonaise op. 1 n°2 de la toute jeune Clara Wieck-Schumann s’enchaîne sur le jeu de ping-pong de l’Etude op. 42 n° 1 de Louise Farrenc, puis avec la courte Mélodie pour le piano op. 4 n° 2, de Fanny Hensel-Mendelssohn.

La Romance intitulée « N’est-ce pas d‘elle », de Sophie Gail, transcrite de l’original pour voix, piano et harpe, est suivie de la célèbre Valse Brillante op. 34 n° 2, de Frédéric Chopin, comme imprégnée de regrets.
Un retour vers le passé réunit les transcriptions de quatre pièces datées du XVIIIème siècle et donc composées pour le clavecin. Les cordes pincées de la guitare constituent un substitut parfait de celles, également pincées, du clavecin. Le Rappel des Oiseaux, mais aussi Les trois mains, de Jean-Philippe Rameau, encadrent le Rondeau de son contemporain Jacques Duphly, et sont complétées par ce chef-d’œuvre de la musique baroque pour clavecin, Les Barricades mystérieuses de François Couperin, qui ont passionné les compositeurs du 20ème siècle.
Un retour vers la toute jeune Clara Wieck-Schumann de 16 ans égrène sa pièce Soirées Musicales op. 6 n° 2 qui s’achève sur un émouvant murmure.
Marie Sans et Alice Letort concluent leur programme avec un original pour duo de guitare qui n’est autre qu’une transcription, par le Napolitain Mauro Giuliani, de l’ouverture du Barbier de Séville, de Gioacchino Rossini, originalement composée pour son opéra Elisabetta, Regina d’Inghilterra. Ce feu d’artifice, abondamment applaudi, entraîne le retour des musiciennes qui offrent un dernier cadeau. Il s’agit de Corta-jaca, célèbre tango brésilien (maxixe) et choro écrit en 1895 par la compositrice, pianiste et cheffe d’orchestre brésilienne Chiquinha Gonzaga.
Une belle ouverture de la saison 2026-2027 de Toulouse Guitare.
Serge Chauzy
Le programme
1ère partie : Leila LASSALLE-SANTAMARIA
– Mario Castelnuovo Tedesco – Caprice 24
– Nuccio D’Angelo – Due Canzone Lidie
– Agustin Barrios – Choro da Saudade
DUO ODELIA
– Fernando Sor (1778-1839) / Les deux amis, Op. 41
– Hélène de Montgeroult (1764-1836) / Etude n°38*
– Clara Wieck-Schumann (1819-1896) /Polonaise, Op. 1 n°2*
– Louise Farrenc (1804-1875) / Etude, Op. 42 n°1*
– Fanny Hensel-Mendelssohn (1805-1847) / Mélodie pour le piano, Op. 4 n°2*
– Sophie Gail (1775-1819) / N’est-ce pas d’elle*
– Frédéric Chopin (1810-1849) / Valse Brillante, Op. 34 n°2*
– Jean-Philippe Rameau (1683-1764) / Le Rappel des Oiseaux*
– Jacques Duphly (1715-1789) / Rondeau*
– Jean-Philippe Rameau (1683-1764) / Les trois mains*
– François Couperin (1668-1733) / Les Barricades mystérieuses*
– Clara Wieck-Schumann (1819-1896) / Soirées Musicales, Op. 6 n°2 : Notturno*
– Mauro Giuliani (1781-1829) / Sinfonia nell’Opera L’Elisabetta del Maestro Rossin
