La vie de directeur de théâtre, par essence spectacle vivant, est décidément pour le moins sportive. Les reprises de Salomé à l’Opéra national du Capitole en sont encore une fois la démonstration. Démonstration également que le capitaine du vaisseau amiral de la Culture toulousaine tient bon la barre. En effet, à la suite du retrait de Marie-Adeline Henry de la production où elle devait chanter sa première Salomé, Christophe Ghristi a mobilisé, une semaine avant la première de cette nouvelle production, non pas une mais deux sopranos (calendrier oblige !) pour incarner la fille d’Hérodias.
Un peu d’histoire capitoline
L’histoire « toulousaine » de cette Salomé débute au Capitole avec sa création in loco en…1930, soit vingt-cinq ans après la première mondiale à Dresde. Le rôle-titre était tenu par la soprano néerlandaise Nyza Bladel. Si ce n’est l’accueil assez houleux qui lui fut réservé, peu de souvenirs précis nous sont parvenus. En 1955, l’héroïne d’Oscar Wilde revenait hanter la libido d’Hérode sur la scène du Capitole, mais cette fois il s’agissait de l’une des plus fantastiques sopranos dramatiques du 20ème siècle, l’allemande Inge Borkh. Cette artiste a marqué historiquement ce rôle et l’a interprété sur toutes les grandes scènes de la planète. Plus récemment, Salomé fut programmée à Toulouse mais à la Halle aux Grains, et trois fois d’affilée (78/79, 80/81, 83/84) dans une mise en scène d’Henri Ronse, les décors et costumes de Beni Montresor, sous la direction de Michel Plasson. A vrai dire, une très belle production dans laquelle s’est surtout brillamment illustrée l’américaine Karan Armstrong, Sa compatriote Sylvia Anderson, dernière en date, ne laissant qu’un souvenir relativement moyen. Présent lors de ces trois reprises, le danois Bengt Norup était un Jochanaan absolument somptueux.
Avant son départ pour l’Opéra de Paris, Nicolas Joel nous offrait la Salomé qu’il allait inviter pour les reprises de cet ouvrage à l’Opéra Bastille, en novembre 2009, dans la mise en scène de Lev Dodin : la soprano finlandaise Camilla Nylund. A ses côtés, un casting éblouissant : l’allemande Doris Soffel (Hérodias), fantastique Nourrice de La Femme sans ombre en 2006 ici même, les débuts sur notre scène du ténor américain Thomas Moser dans le rôle d’Hérode, qu’il chanterait également à la Bastille en fin d’année 2009, ainsi que du baryton danois Morten Frank Larsen, remplaçant Ludovic Tézier initialement prévu, dans le rôle de Jochanaan.

La mise en scène, les décors, les costumes et les éclairages, signés du roumain Pet Halmen, dont c’étaient la neuvième collaboration avec le Capitole, furent très diversement appréciés. Euphémisme…
Pour la douzième fois en dix ans, le chef israélien Pinchas Steinberg se retrouvait à la tête de l’Orchestre du Capitole.
Reprises 2026 vs deux Salomé sinon rien
Pour illustrer cet épisode du Nouveau Testament évoqué par les Evangélistes Marc et Matthieu, le compositeur Richard Strauss écrit un livret s’appuyant sur la tragédie éponyme d’Oscar Wilde publiée en 1891. Les actuelles reprises sont d’ores et déjà marquées par un événement : la première mise en scène du baryton allemand Matthias Goerne, Ce chanteur, souvent invité au Capitole autant pour des récitals de mélodies que pour des productions lyriques (Tristan et Isolde, Parsifal, Elektra), se lance donc dans un tout autre métier. À ses côtés le scénographe Hernán Peñuela, le costumier Christof Cremer et le luminariste Vinicio Cheli sont les artisans de cette nouvelle production. Sous la direction du chef allemand Frank Beermann, une distribution particulièrement excitante va se mesurer à cette œuvre significativement sulfureuse.

Marie-Adeline Henry s’étant retirée de la production il y a quelques jours à peine, Christophe Ghristi a dû mettre en œuvre ses réseaux afin de parer à cet incontournable du spectacle vivant… Pour des raisons de calendrier et de disponibilité, il a invité non pas une Salomé, mais deux qui se partageront ainsi les représentations : l’américaine Nicole Chevalier et la suisse Flurina Stucki*. Si, contrairement à leur malheureuse collègue, elles ne font pas ici de prise de rôle, elles chantent par contre au Capitole pour la première fois ! Prise de rôle par contre pour le baryton français Jérôme Boutillier (Jochanaan). Le ténor autrichien Nikolai Schukoff est un habitué de la scène toulousaine et largement salué de par le monde dans le rôle d’Hérode. Le mezzo français Sophie Koch aborde ici sa première Hérodias. Fabien Hyon, le futur Don José de fin de saison, est Narraboth et le mezzo Floriane Hasler un page d’Hérodias. Voilà pour les principaux protagonistes.
De quoi largement créer une attente impatiente à voir ce spectacle.
Robert Pénavayre
Représentations : Théâtre du Capitole, 22, 24*, 26, 29 et 31 mai 2026
Renseignements et réservations : www.opera.toulouse.fr
