Le dernier opus discographique du contre-ténor polonais Jakub Józef Orliński le retrouve dans son jardin de prédilection : le répertoire baroque, en compagnie d’Henry Purcell (1659-1695) et de George Friedrich Haendel (1685-1759). J’aime penser mes albums comme des pages de mon journal personnel confie-t-il. Un journal qui prend acte du temps qui passe et témoigne des interprétations de cet artiste au talent célébré. Ce jeune trentenaire le souligne à l’envi, sa manière d’interpréter par exemple les deux tubes de ce programme : Ombra mai fu, l’aria de Serse dans l’opéra éponyme de Haendel, ainsi que le non moins célèbre air du froid, What power art thou, extrait du King Arthur de Purcell, a singulièrement évolué depuis le début de sa carrière. L’artiste a mûri et cet album nous le prouve. Les extraits des opéras de Haendel : Agrippina, Rodelinda, Rinaldo, Partenope et Semele, démontrent encore une fois l’étendue d’un talent hors norme et, surtout, celui d’un véritable artiste, sensible à donner un sens à la moindre nuance, à la plus infime des colorations et avant tout un corps à chaque personnage. Le technicien est immense, nous le savons, il domine l’ensemble des écueils dont sont pétries ces partitions : ornementations, trilles, vocalises, dynamiques, ambitus. Son timbre envoutant d’alto imprègne chacune des plages de ce disque d’un mystère qui lève subtilement le voile sur ce que fut vraisemblablement la voix des castrats.

Il est ici accompagné par un ami de longue date, le pianiste polonais Michał Biel, ami mais aussi complice de chaque instant. Son instrument, moderne, sonne de manière symphonique, le toucher est exemplaire de même que la rondeur, une rondeur qui pourra surprendre dans ce répertoire dont certaines interprétations musicales, dites informées, privilégient des instruments d’époque dont l’acidité n’est plus à démontrer. Enregistré à Berlin en décembre 2024 en Dolby Atmos (les cinéphiles apprécieront certainement), cet album, qui ne cède ni à un baroque rigoureux ni à un romantisme déplacé, est l’expression sincère de deux artistes souhaitant laisser un témoignage de leur admiration et de leur fascination pour ce répertoire. Sans en être les prisonniers ! C’est aussi cela « interpréter ».
Robert Pénavayre
« if music… » Jakub Józef Orliński – ERATO – 1 cd – 17,99€
