Le dernier concert de la riche saison des Arts Renaissants a attiré, le 17 avril dernier en l‘église Saint-Jérôme de Toulouse, un public nombreux, fidèle et passionné. Le violoniste Théotime Langlois de Swarte et le luthiste Thomas Dunford, complices en musique baroque, ont présenté leur programme mêlant mélancolie, sensualité et raffinement sous le titre évocateur de « Mad Lover », cet amant inconsolable promenant ses rêves et son désespoir dans les rues de Londres.
Tout au long de cette soirée riche en découvertes, le talent de ces deux musiciens ne cesse de subjuguer un auditoire sensible et curieux. Le jeu du violoniste, d’une absolue pureté, respecte sans dogmatisme la pratique d’un répertoire spécifiquement baroque. Celui de la musique anglaise du tournant du XVIIIe siècle qui constitue l’essentiel du programme présenté. Economes en vibrato, ses phrasés possèdent ce charme et cette imagination qui font vivre chaque épisode musical. Le luth de Thomas Dunford ponctue chaque intervention d’une polyphonie séduisante et habile qui transcende la perfection technique de son jeu. L’association de ces deux musiciens raffinés met en valeur un répertoire à la fois riche et varié qui mêle habilement l’esprit d’improvisation à celui d’une souple rigueur. Leur première intervention s’ouvre sur la pièce pivot de ce programme : « Aire from The Mad Lover suite (Aire V) » de John Eccles (v. 1668-1735), un émouvant crescendo expressif !

Comme l’expliquent les deux musiciens, tout le programme de cette soirée repose sur les productions musicales de trois familles britanniques de ce tournant du XVIIIe siècle : John Eccles et Henry Eccles (v. 1680-v.1740), Daniel Purcell (v. 1664-1717) et Henry Purcell (1659-1695), Nicola Matteis (1650-1714) et Nicola Matteis Jr. (v. 1670-1737).
La succession des pièces ainsi attribuées fait apparaître une incroyable variété de jeux et d’expressions. La tendresse alterne avec la folie virtuose, la poésie avec l’ironie, la mélancolie avec la joie. Certaines pièces, certains épisodes sont joués en solo, en alternance. Pour l’essentiel, les deux interprètes se complètent, se soutiennent ou s’opposent avec un talent irrésistible.
A l’issue du programme prévu, le public ne peut se résoudre à laisser partir les deux complices. Ceux-ci prolongent alors leur participation en proposant une expérience commune avec le public considéré comme un « chœur ». Ils chargent donc l’assistance de chanter une sorte d’ostinato tonal sur lequel, ils « brodent ». Reconnaissons que le public joue le jeu et que l’expérience fonctionne !

Une dernière surprise déclenche une nouvelle ovation. Les deux compères se lancent dans une impressionnante improvisation qui aboutit au répertoire des… Beatles ! Un mythique Yesterday conclut cette rencontre en apothéose.
Serge Chauzy
Au programme, sonates, suites, fantaisies, grounds et autres pièces de :
- John Eccles (ca. 1668-1735),
- Daniel Purcell (ca. 1664-1717),
- Nicola Matteis (ca. 1650- ca. 1714),
- Nicola Matteis Jr. (ca. 1670-1737),
- Henry Purcell (1659-1695),
- Henry Eccles (ca. 1680- ca. 1740)
