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Le nouveau programme musical dirigé par Fuad Ibrahimov

Fuad Ibrahimov à la tête de l'Orchestre national du Capitole - Photo Classictoulouse

Le concert donné par l’Orchestre national du Capitole, le 26 mars dernier, devait bénéficier de la participation soliste de Martin Fröst. Pour des raisons de santé, le grand clarinettiste suédois a été contraint d’annuler sa venue. La création française du concerto pour clarinette « Passages » de Michael Jarrell n’a donc pas pu avoir lieu. Le programme de cette soirée a dû être modifié.

Le délégué général de l’Orchestre, Jean-Baptiste Fra, a donc annoncé ce changement en début de concert. Tout en donnant quelques informations sur l’état de santé de Martin Fröst, il a indiqué que le Concerto de Michael Jarrell était donc remplacé par la version orchestrale de la suite Le Tombeau de Couperin de Maurice Ravel.

Le chef d’orchestre invité, natif d’Azerbaïdjan, Fuad Ibrahimov, a donc assuré, comme prévu, la direction de ce nouveau programme. Déjà présent à la tête de l’Orchestre national du Capitole lors du concert du 25 mars 2022, en remplacement de Tugan Sokhiev, Fuad Ibrahimov a tout d’abord dirigé, ce 26 mars dernier, un florilège de pièces de musique française du début du XXème siècle, avant d’aborder la suite Le Mandarin merveilleux, de Béla Bartók.

Le concert s’ouvre sur la deuxième version de la suite symphonique Printemps, de Claude Debussy, inspirée du tableau Le Printemps, de Sandro Botticelli. La première version de cette œuvre de jeunesse, composée alors qu’il est en résidence à la Villa Médicis, après avoir remporté le prix de Rome, de 1885 à 1887, n’a pas véritablement plu à l’institution romaine qui l’a trouvée « étrange… par son impressionnisme vague ». C’est la deuxième version, orchestrée en 1912 par Henri Busser, qui est restée pour la postérité. Le premier volet, Très modéré, installe une atmosphère poétique, aux couleurs pointillistes. Le chef et son orchestre déploient dans la seconde partie, Modéré, un beau lyrisme lumineux.

Le chef d’orchestre invité, Fuad Ibrahimov – Photo Classictoulouse

Le Tombeau de Couperin, de Maurice Ravel, évoque un autre monde musical. Composée entre 1914 et 1917 pour piano, puis orchestrée en 1919, cette suite, réduite à quatre mouvements dans sa version orchestrale, est un hommage à la musique française du XVIIIe siècle et à François Couperin, grand compositeur de l’époque baroque. Dès le Prélude, le hautbois volubile de Louis Seguin donne le ton. La danse anime les trois épisodes suivants. Une douce mélancolie émane de la Forlane, alors qu’une sobre élégance caractérise le Menuet. Jusqu’au Rigaudon, le hautbois joue un rôle moteur dans la qualité des timbres et des couleurs.

De Lili Boulanger, la sœur cadette de la célèbre pédagogue Nadia Boulanger, l’orchestre joue la version symphonique de l’étrange partition intitulée D’un soir triste. Malgré son décès précoce à l’âge de 24 ans, son œuvre musicale surprend par le nombre de ses compositions. Cette pièce, initialement écrite pour violon, violoncelle et piano, distille une profonde tristesse, pleinement assumée par son interprétation. Crépusculaire, noire même, elle prend la forme d’une marche funèbre. A coup sûr une belle découverte !

Le forme et le style changent radicalement avec l’exécution de la suite du ballet de Béla Bartók, Le Mandarin merveilleux, qui date de 1918-1919. Le compositeur en transforma la partition initiale en une suite pour orchestre symphonique qui en résume les péripéties. Le sujet cru et franchement érotique du ballet provoqua un vif scandale à sa création. La suite en illustre l’argument en attribuant aux instruments un rôle dramatique. En particulier, la clarinette joue celui de la prostituée qui figure au cœur de l’intrigue Le quatuor à cordes représente ses trois souteneurs. Ses deux clients ainsi que le mandarin sont illustrés musicalement par les cuivres et principalement les trombones dont il faut féliciter, ce soir-là, les déploiements virtuoses et musicaux. La cruauté du drame de ce mandarin réside dans le fait qu’il ne peut succomber aux assauts mortels de ses agresseurs qu’une fois son désir assouvi.

L’Orchestre national du Capitole dirigé par Fuad Ibrahimov – Photo Classictoulouse

La prodigieuse richesse de l’orchestration constitue un véritable défi pour l’orchestre et le chef. Un défi parfaitement relevé par les deux ! La finesse du jeu du clarinettiste, David Minetti, la virtuosité des pupitres de cuivres ainsi que celle de tout l’orchestre contribuent grandement à la réussite de cette exécution.

Le succès légitime de cette interprétation est accompagné des félicitations répétées adressées par Fuad Ibrahimov à chaque pupitre.

Serge Chauzy

Programme

  • C. Debussy (1862-1918) : Printemps, suite symphonique
  • M. Ravel (1875-1937) :Le Tombeau de Couperin
  • L. Boulanger (1893-1918) : D’un soir triste
  • B. Bartók (1881-1947) :  Le Mandarin merveilleux, suite

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