Concerts

L’imagination au pouvoir

Les musiciens dans "Les Quatre saisons de Buenos Aires" d'Astor Piazzolla - Photo Classictoulouse

Le lundi 16 mars, à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines, le dernier des cinq concerts d’abonnement de la belle saison des Clefs de Saint-Pierre, a réuni cinq musiciens de l’Orchestre national du Capitole sous un titre a priori étrange : « Cordes et lames ». Il s’agissait d’associer les « cordes » d’un quatuor aux « lames » d’instruments à percussion, marimba et vibraphone.

Le quatuor à cordes est constitué, ce soir-là des violonistes Fuki Fujie et Siméon Labouret, de l’altiste Ugo Vacchetta et du violoncelliste Thomas Dazan, quatre musiciens de grand talent de l’Orchestre national du Capitole. Les deux instruments à percussion qui alternent sont tenus par Jean-Sébastien Borsarello, expert en la matière : un marimba (xylophone à résonateurs, d’origine latino-américaine), et vibraphone (composé de lames de métal).

Le dialogue entre les deux entités donne naissance à des échanges d’une impressionnante richesse instrumentale et expressive. Signalons également que le concert est habilement mis en scène comme un véritable spectacle, avec notamment de beaux effets de lumière et un placement spécifique des « acteurs-musiciens ». En outre, les œuvres jouées sont présentées avec pédagogie et humour par Jean-Sébastien Borsarello lui-même.

L’une des dispositions instrumentales de la Suite populaire espagnole de Manuel de Falla. Thomas Dazan, violoncelle, Jean-Sébastien Borsarello, marimba – Photo Classictoulouse

La première œuvre interprétée ce soir-là résulte d’une transcription de la Suite populaire espagnole de Manuel de Falla. Initialement composées pour voix et piano sous le titre  » Siete canciones populares españolas » la Suite instrumentale a été d’abord transcrite pour voix et guitare. C’est cette version dont Jean-Sébastien Borsarello a adaptée la partie de piano au marimba, les cordes reprenant les parties vocales de six des sept mélodies initiales. Dans cet arrangement instrumental, les cordes dialoguent à tour de rôle avec le marimba pour évoquer quelques caractéristiques du folklore espagnol. El paño moruno, Nana, Canción, Polo, Asturiana et Jota se succèdent avec une adaptation spécifique de l’instrumentation. On admire en particulier le beau solo de violoncelle de la berceuse, Nana, ou celui de violon de Canción. Dans la Jota finale, violon, alto et violoncelle alternent dans leur dialoguent avec le marimba.

Le trio à cordes et le vibraphone dans les « Danses de Presles » d’Etienne Perruchon – Photo Classictoulouse

L’œuvre suivante a connu un tout autre destin. Les Danses de Presles du compositeur français Etienne Perruchon. Connu principalement pour ses musiques de film, Etienne Perruchon a écrit ces quatre danses aux rythmes contrastés qui constituent une composition originale pour vibraphone et trio à cordes. Les sonorités métalliques du vibraphone se marient parfaitement avec les cordes. L’écriture de cette pièce est très variable d’une danse à l’autre. On remarque en particulier le caractère jazzique de la troisième, ainsi que la vitalité virevoltante de la quatrième.

La dernière œuvre de ce programme est encore une adaptation due à Jean-Sébastien Bordarello. Il s’agit de la transcription pour quatuor à cordes et marimba de « Las Cuatro Estaciones Porteñas » d‘Astor Piazzola, traduites en français comme « Les Quatre saisons de Buenos-Aires ». La version présentée a été transcrite par Jean-Sébastien Bordarello à partir de l’adaptation pour orchestre à cordes de l’œuvre originale qui comprenait évidemment un bandonéon, instrument mythique du tango argentin. Associant plusieurs percussions complémentaires au marimba lui-même, le percussionniste devient homme-orchestre !

Ces quatre saisons se succèdent dans une réjouissante diversité d’atmosphères. Alternant tendresse et sourire, la Primavera Porteña (printemps) est suivie d’un Verano Porteño (été) d’une vigueur solaire balisée, clin d’œil à un certain Vivaldi, de citations directes de la musique du compositeur vénitien extraites de ses propres Saisons. De très beaux solos de violoncelle et de violon agrémentent la langueur de l’Otoño Porteño (automne). La séquence s’achève sur la nostalgie touchante de l’Invierno Porteño (hiver).

Saluons la performance que représente l’originalité de cette transcription et son exécution d’un charme certain. Quelques reprises de cette dernière œuvre répondent aux applaudissements nourris d’un public conquis.

Les musiciens au salut. De gauche à droite : Fuki Fujie et Siméon Labouret, violons, Ugo Vacchetta, alto, Jean-Sébastien Borsarello, percussion, Thomas Dazan, violoncelle – Photo Classictoulouse

Si ce concert conclut la saison traditionnelle des Clefs de Saint-Pierre à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines, une soirée « hors les murs » ou « hors saison » prolongera cette série, le 11 mai à l’auditorium du Musée des Abattoirs. Sous le titre « Cuivres martelés », cette soirée réunira Thomas Pesquet, trompette, Louise Ognois, trombone, et Jean-Sébastien Borsarello, cette fois au piano.

Serge Chauzy

Programme

  • Manuel de Falla (1876-1946) : Suite populaire espagnole
  • Étienne Perruchon (1958-2019) : Danses de Presles pour vibraphone et trio à cordes
  • Astor Piazzolla (1921-1992) : Les Quatre Saisons de Buenos Aires

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