Le lundi 19 janvier dernier, deux trios pour piano, violon et violoncelle étaient inscrits au programme du quatrième concert de la saison des Clefs de Saint-Pierre. Les trois musiciens interprètes de ces pages en ont extrait toutes les beautés musicales et expressives. Le public n’a pas manqué de manifester son enthousiasme à l’issue de ces exécutions exemplaires.
Cette belle soirée a d’abord été présentée par la nouvelle présidente de l’Association Internotes qui gère les activités des Clefs de Saint-Pierre. Il s’agit de Madame Marie Grégoire-Devic, qui a repris les fonctions occupées par son époux, Laurent Grégoire, décédé prématurément en 2025 après avoir mené une action stimulante et bénéfique à la tête de cette institution. Saluons cette initiative et souhaitons de beaux développements pour la poursuite de ces activités si bien intégrées à la vie musicale toulousaine.

– Photo Classictoulouse
Lors de cette soirée du 19 janvier, deux des membres des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole, le violoniste Vitaly Rasskazov et la violoncelliste Aurore Dassesse, bien connus des habitués des concerts de la Halle aux Grains, sont rejoints par le pianiste Tom Grimaud.
L’ensemble du programme est présenté avec talent par Vitaly Rasskazov. Les deux œuvres abordées ont été écrites pour leur formation à la même époque (en 1880 et 1882). Il s’agit du Trio pour piano, violon et violoncelle en sol majeur de Claude Debussy et du Trio pour piano, violon et violoncelle opus 50 en la mineur, de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Celui du jeune Debussy explore la couleur, la clarté, la subtilité, opérant ainsi une transition vers l’esthétique impressionniste. Tchaïkovski, quant à lui, propose, au crépuscule d’une brillante carrière, une œuvre à la forme ample et virtuose, dont la motivation apparaît à travers sa dédicace « À la mémoire d’un grand artiste », adressée à son ami et mentor, le pianiste, compositeur et pédagogue Nicolaï Rubinstein. Le décès de ce dernier en 1881 affecta beaucoup Tchaïkovski qui dédia son unique trio à sa mémoire.

L’extrême cohésion, la précision du jeu des trois musiciens s’impose dès les premières mesures du Trio de Debussy. L’Andantino initial déploie un lyrisme très « Fauréen ». La vocalité se manifeste immédiatement. Aux échanges joyeux du Scherzo succède le somptueux solo de violoncelle qui ouvre l’Andante expressivo. Aurore Dassesse y révèle un sens subtil des nuances et du phrasé. Les échanges entre les trois musiciens évoquent une conversation amicale. Une réjouissante vivacité juvénile anime le Finale-Appassionato.
Tout autrement résonne le Trio en la mineur de Tchaïkovski. Ses deux volets ne s’opposent pas, ils se complètent. La première partie, qui d’ouvre sur un Pezzo elegiaco, exprime une profonde douleur mêlée de révolte. Le thème principal devient presque obsessionnel. Les musiciens semblent se répartir les fonctions expressives dans une série d’échanges admirablement nuancées. Le piano joue le rôle du destin, les cordes se lamentent.
Le second volet, Tema con variazioni, laisse d’abord la parole au piano, comme pour lui permettre de donner la nouvelle direction à suivre. Tom Grimaud assume cette responsabilité avec une impressionnante autorité. La succession des onze variations qui suivent alterne les contrastes. S’il semble parfois que la vie reprend ses droits, la douleur revient sous les plaintes des cordes. Ce long chemin à parcourir aboutit à la dernière des variations qui explose comme un élan vital. La prodigieuse virtuosité déployée au violon par Vitaly Rasskazov donne quelques espoirs vite réprimés par le retour de l’élégie initiale. La tragédie s’installe alors et conclut cet hommage « À la mémoire d’un grand artiste ».

Après un long silence qui prolonge encore l’atmosphère recueillie de ce final, le public laisse enfin éclater son enthousiasme. L’engagement intense des interprètes lié à la beauté de leur jeu collectif réalise là une synthèse parfaite que l’on retiendra de cette belle soirée.
Serge Chauzy
Programme
Claude Debussy : Trio pour piano, violon et violoncelle en sol majeur
Piotr Ilitch Tchaïkovski : Trio pour piano, violon et violoncelle opus 50 en la mineur
