Le lundi 15 décembre dernier, la saison des Grand Interprètes recevait, dans le cadre intime de l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines, les guitaristes Thibaut Garcia et Antoine Morinière. Ces deux musiciens présentaient leur propre transcription pour deux guitares des célèbres Variations Goldberg, de Johann Sebastian Bach. Un moment privilégié pour les spectateurs présents qui n’ont pas manqué d’acclamer cette performance.
Rappelons que les Variations Goldberg ou « Aria avec quelques variations pour clavecin à deux claviers », ont acquis une célébrité liée à l’exceptionnelle structure de l’œuvre. Les « quelques » variations évoquées par le compositeur lui-même sont néanmoins au nombre de trente ! Elles sont encadrées par une Aria qui ouvre et referme la partition.
Conçue pour clavecin à deux claviers, l’œuvre fait l’objet depuis sa création de multiples transcriptions réalisées pour divers instruments. Elle a été récemment jouée, le 1er décembre dernier, dans le cadre des Clefs de Saint-Pierre dans une adaptation pour trio à cordes.
L’arrangement pour deux guitares, conçu par Thibaut Garcia et Antoine Morinière eux-mêmes, cherche à préserver l’illusion d’être jouée par un seul interprète. Il a déjà fait l’objet d’un album enregistré dans lequel les artistes se sont pleinement engagés. Ainsi, ils jouent deux guitares jumelles taillées dans le même arbre, et ils ont effectué une retraite à l’abbaye de Solesmes dans le but de mieux comprendre la spiritualité de Bach. Le concert toulousain du 15 décembre, qui représentait le dernier d’une grande tournée, a attiré un large public conscient de l’importance de l’événement. Précisons que le passage du clavecin original aux guitares reste du domaine des cordes pincées et en cela ne déconcerte pas.

Dès les premières mesures de l’Aria initial, presque hésitant, le duo de guitare semble jouer sur la pointe des notes. L’émotion se manifeste déjà devant l’intériorité de cette entrée en matière. La succession des trente variations qui suivent alterne les atmosphères dans toutes leurs diversités. De la joie sereine à la méditation, de la contemplation au sourire, les étapes de ce voyage couvrent tout un spectre musical et expressif magnifiquement dominé par les interprètes en parfait accord. Les enchaînements respectent cette diversité. On assiste ainsi à une œuvre unique, continue, mais riche d’une variété ouverte.
En outre, on note que le « dress code » des musiciens semble en accord avec le registre dans lequel ils s’expriment… Thibaut Gracia, qui assure majoritairement la basse, porte un vêtement noir, alors qu’Antoine Morinière, plus présent dans le registre aigu, est vêtu de blanc !

Le retour de l’Aria da capo è fine, tel un retour aux sources, vient conclure ce feu d’artifice dans le recueillement. Cet instant comme hors du temps est tel qu’un long silence le prolonge, comme si le public n’osait par rompre la magie du moment. Une ovation unanime finit par éclater et rappelle à plusieurs reprises les deux complices. Thibaut Garcia prend brièvement la parole pour indiquer qu’après une telle œuvre, aucune nouvelle intervention musicale n’est possible… La soirée s’achève donc, alors que les deux musiciens viennent dédicacer le bel album CD des Variations Goldberg qu’ils ont enregistré chez Warner Classics-Erato.
Nous avons tous vécu là un moment privilégié.
Serge Chauzy
