Concerts

Münchner Philharmoniker, Tugan Sokhiev, Arthur et Lucas Jussen L’apothéose

Le Münchner Philharmoniker dirigé par Tugan Sokhiev - Photo Classictoulouse

Le lundi 24 novembre 2025, à la Halle aux Grains, la brillante 40ème saison des Grands Interprètes recevait pour la première fois l’une des plus prestigieuses phalanges symphoniques d’Europe, sous la direction du chef qui a été le directeur musical de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse de 2008 à 2022. Ce grand moment bénéficiait en outre de la participation de deux frères parmi les duos de piano les plus recherchés de notre époque : Lucas et Arthur Jussen.

Une ouverture, un concerto et une symphonie composaient un programme musical d’une stimulante variété dont l’exécution n’a pas manqué d’enthousiasmer un public nombreux et attentif.

Depuis sa fondation en 1893, l’Orchestre philharmonique de Munich apporte une contribution inestimable à la vie musicale internationale, aux côtés des nombreux chefs d’orchestre de renom qui l’ont dirigé. Gustav Mahler en fut l’un des premiers. Ce soir de novembre à Toulouse, c’est Tugan Sokhiev qui assume cette responsabilité avec un panache et une intensité remarquables. Ce qui n’est évidemment pas une véritable surprise pour les Toulousains qui ont bénéficié de sa présence à la direction musicale de l’Orchestre national du Capitole. Dès les premières mesures de l’Ouverture Les Hébrides, de Felix Mendelssohn, les impressionnantes qualités de la phalange bavaroise se manifestent dans tous les registres. Sous la direction maîtrisée de Tugan Sokhiev, le calme initial devient vite d’une prodigieuse intensité lyrique. L’équilibre idéal des divers pupitres bénéficie notamment d’une profonde présence de l’ensemble des cordes.

Lucas et Arthur Jussen, solistes du Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc – Photo Classictoulouse

La partition concertante de cette soirée ménage un réjouissant contraste de caractère. Le Concerto pour deux pianos et orchestre de Francis Poulenc amène sur scène deux jeunes musiciens, deux frères pianistes, Arthur et Lucas Jussen, natifs d’Hilversum, qui ont notamment rencontré et suivi des cours auprès de la pianiste portugaise Maria João Pires. Si l’œuvre musicale en général de Francis Poulenc reste bien caractérisée par la célèbre formule de Claude Rostand, « moine et voyou », le Concerto présenté ce soir-là illustre nettement la face « voyou » !

Les deux pianistes s’investissent dans cette partition avec un don particulier de mimétisme. Leurs caractéristiques de jeu sont si proches que leurs échanges donnent parfois l’impression d’un dialogue entre un pianiste unique et son image dans un miroir ! Dès l’Allegro ma non troppo, l’alternance entre éclats de rire et soupirs de douleur confère une vitalité intense à cette partition bouillonnante. Poésie et fébrile nostalgie habitent le Larghetto, alors que le final Allegro molto retrouve cette alternance typique du compositeur entre exubérance et doute.

Lucas et Arthur Jussen au salut -Photo Classictoulouse

L’accueil chaleureux et insistant du public ramène les deux solistes sur scène. Ils offrent alors un bis d’un tout autre caractère. La transcription, par le duo de pianistes Greg Anderson et Elizabeth Joy Roe, d’un extrait de la Passions selon Saint-Matthieu de Johann Sebastian Bach. Un élan de profondeur spirituelle.

Pour la seconde partie de la soirée, Tugan Sokhiev retrouve un répertoire qui coule dans ses veines. Avec sa Symphonie n° 4 en fa mineur, Tchaïkovski entame sa « Trilogie du fatum » qui regroupe ses trois dernières partitions symphoniques. La fanfare éclatante (Andante sostenuto) qui ouvre l’œuvre résonne comme un coup de poignard. Dans tout ce premier volet, l’intensité expressive de cette exécution évoque une sorte de désespoir brûlant. La halte que représente l’Andantino in modo de canzone débute sur deux solos de hautbois, puis de basson, admirablement délivrés par les deux musiciens. La précision des pizzicati du Scherzo souligne encore les qualités fondamentales de cette belle phalange dont la cohésion et l’équilibre sonore surmontent tous les défis. Dans le Finale, les cordes mettent le feu à cette résistance contre le destin qui pourtant s’impose de nouveau avec le retour de la fanfare initiale. Saluons la brillante générosité de cette interprétation mémorable.

Tugan Sokhiev – Photo Classictoulouse

Une ovation bien légitime salue la performance. Au point que l‘orchestre et son chef offrent un bis dans l’esprit de ce même riche répertoire : le Gopak extrait de l’opéra de Modeste Moussorgski La Foire de Sorotchinski. Un complément bienvenu, nouvellement acclamé par une Halle aux Grains aux anges !

Serge Chauzy

Programme

F. Mendelssohn : Ouverture Les Hébrides, opus 26

F. Poulenc : Concerto pour 2 pianos et orchestre en ré mineur, FP 61

P. I. Tchaïkovski : Symphonie n°4 en fa mineur, opus 36

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