Concerts

Musiques en miroir

Les musiciens au salut. De gauche à droite : François Lugue, cor, Floriane Tardy, clarinette, Louis Seguin, hautbois, Jean-Sébastien Borsarello et Estelle Richard, basson - Photo Classictoulouse -

Le 6 novembre dernier, le premier concert de la saison des Clefs de Saint-Pierre a brillamment célébré les liens profonds qui unissent deux génies de notre histoire de la musique. Mozart et Beethoven, inscrits au programme de cette soirée, ont ainsi révélé la fertilité d’un héritage générateur de beauté expressive autant que formelle.

Intitulé « Quintettes en miroir », ce concert d’ouverture réunissait cinq musiciens de l’Orchestre national du Capitole qui savent ce que jouer ensemble signifie. Outre le hautboïste Louis Seguin, la clarinettiste Floriane Tardy et la bassoniste Estelle Richard, qui excellent dans leur discipline respective, saluons particulièrement Jean-Sébastien Borsarello, percussionniste et François Lugue, corniste, qui se paient le luxe d’être aussi pianistes !

Unis comme les doigts de la main, ces cinq musiciens ont conçu un programme musical original autour de deux œuvres particulières de musique de chambre, les Quintettes pour piano et vents de Mozart et de Beethoven. Une structure musicale identique, la même tonalité de mi bémol majeur et la même composition instrumentale en disent long sur cet héritage mozartien qui a inspiré le jeune Beethoven, à peine douze ans après Mozart !

Très astucieusement, le programme relie ces deux partitions avec deux rares œuvres de jeunesse de Beethoven, comme un trait d’union significatif : une sonate pour piano à quatre mains et un duo pour clarinette et basson, deux divertissements à découvrir pour la plupart d’entre nous.

Les musiciens en quintette – Photo Classictoulouse –

La soirée s’ouvre donc sur ce fameux Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur K 452. Rappelons que, tout au long du concert, le piano est tenu par Jean-Sébastien Borsarello. Les trois volets mettent en évidence la parfaite cohésion de l’ensemble. En outre un bel équilibre sonore entre les cinq instruments s’établit naturellement. La solennité de l’ouverture, l’intensité des dialogues entre les registres et la ferveur des échanges qui animent le final construisent une exécution pleine de vie et de nuances.

François Lugue et Jean-Sébastien Borsarello, piano à quatre mains – Photo Classictoulouse –

La Sonate en ré majeur opus 6 pour piano à quatre mains qui suit ce premier Quintette est donc jouée par Jean-Sébastien Borsarello et François Lugue qui ont tous deux mené des études de piano avant de se consacrer à leur instrument respectif. Composée par Beethoven pour ses élèves en 1796 ou début 1797, elle s’ouvre sur une cellule rythmique qui évoque irrésistiblement le premier mouvement de sa Cinquième symphonie. Le Rondo final possède un charme souriant.

Le second de ces divertissements s’avère encore plus rare. Floriane Tardy et Estelle Richard jouent un extrait des Trois duos pour clarinette et basson WoO 27, difficiles à dater car publiés seulement après la mort de Beethoven. Le caractère enjoué et le jeu subtil des timbres sont parfaitement assumés par les interprètes qui en distillent l’esprit et même l’humour.

Estelle Richard et Floriane Tardy – Photo Classictoulouse –

Le Quintette pour piano et vents, également en mi bémol majeur opus 16, de Beethoven complète ce programme « en miroir ». Encore une fois, la structure des trois mouvements, la tonalité, le style même, identiques à ceux de l’œuvre similaire de Mozart, ne laissent aucun doute sur l’influence de cette dernière. La solennité de l’ouverture, indiquée Grave, se retrouve ici avant la libération d’une certaine grâce légère. Beethoven a particulièrement soigné la partie de cor qui bénéficie de quelques traits virtuoses et d’un beau solo « chantant » dans le bien nommé Andante cantabile, parfaitement exécutés par François Lugue. La finesse du hautbois de Louis Seguin, la poésie expressive de la clarinette de Floriane Tardy ainsi que les belles ponctuations du basson d’Estelle Richard sont également parfaitement intégrées. Le soutien rythmique et la mobilité harmonique du piano de Jean-Sébastien Borsarello sont à saluer.

Les applaudissements nourris qui accueillent cette prestation amène les musiciens à rejouer la fin du Rondo de cette œuvre heureuse.

Le prochain concert de cette série aura lieu le lundi 27 novembre. Intitulé « Made in England » le programme réunira des pièces de compositeurs britanniques du XXème siècle.

Serge Chauzy

Programme du concert donné le 6 novembre 2023 à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines de Toulouse

  • Wolfgang Amadeus Mozart : Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur K 452
  • Ludwig van Beethoven : Sonate en ré majeur op. 6 pour piano à 4 mains
  • Ludwig van Beethoven : Duos pour clarinette et basson WoO 27 (extraits)
  • Ludwig van Beethoven : Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur op. 16

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