Opéra

Au Capitole, deux Cenerentola, sinon rien !

Le maestro Michele Spotti

Le retour sur la scène du Capitole, après un quart de siècle d’absence, de l’un des plus indiscutables chefs-d’œuvre de Gioacchino Rossini, La Cenerentola, est un événement en lui-même. Mais avec l’auguste scène toulousaine, il faut toujours aller un peu plus loin. Et croyez-moi, vous ne le regretterez pas !

 La Cenerentola est une commande du Teatro Valle de Rome que reçoit un jeune Rossini de 25 ans, théâtre où a été créé un an avant son Barbiere di Siviglia. Très occupé par ses responsabilités napolitaines, Rossini n’a pas beaucoup de temps à consacrer aux souhaits de la cité pontificale. Un mois avant la première, le 28 janvier 1817, le compositeur et son librettiste, Jacopo Ferretti, se mettent au travail. Ce dernier, à vrai dire, a largement puisé dans le texte de Charles Guillaume Etienne, auteur d’une Cendrillon inspirée du conte de Perrault, qui vit le jour à l’Opéra-Comique en 1810 et dont la partition est signée Nicolo Isouard.  Mais la différence entre les deux est l’absence, dans le livret italien, de toute référence au merveilleux. Point donc de citrouille et de fée. Celle-ci est remplacée par un philosophe (Alidoro). Exit aussi la fameuse pantoufle. En lieu et place, Angelina (Cenerentola) demande au prince de trouver un bracelet. Mine de rien, elle devient ainsi l’élément le plus déterminant de cet opéra et assurément l’un des personnages les plus complexes et intéressants, voire modernes, de tout le corpus rossinien.

Un peu d’histoire capitoline

Cet opéra entre, vraisemblablement, au répertoire du Capitole en janvier 1985 et n’a jamais été repris depuis. A cette époque-là, Jacques Doucet, alors Directeur artistique de l’illustre maison, a convié l’une des Cenerentola les plus célèbres, à juste titre, du 20e siècle : Lucia Valentini Terrani (1946-1988), le mezzo-soprano idéal pour ce rôle et qui plus est une artiste d’une grande sensibilité.  A ses côtés, des figures qui firent les grandes soirées aixoises : Renato Capecchi (Dandini) et Paolo Montarsolo (Magnifico). Un grand souvenir, assurément.

Le ténor Michele Angelini (Ramiro)

Découvertes et promesses vertigineuses

La reprise actuelle se fait dans une coproduction avec l’Opéra de Riga, en Lettonie, où elle fut créée en novembre 2021.  C’est le duo Barbe et Doucet, déjà signataire in loco des dernières Bohème pucciniennes, qui est à la manœuvre pour cette production (mise en scène, décors, costumes et chorégraphie).  Sous la baguette très attendue du maestro Michele Spotti, c’est une double distribution que nous propose Christophe Ghristi. Dans le rôle-titre se succèderont Adèle Charvet et Floriane Hasler*. Rôle himalayen s’il en est, celui de Ramiro est dévolu à Levy Sekgapane et Michele Angelini*, celui-là même qui nous avait tant séduit dans le rôle pourtant ingrat de Nicias lors de la représentation de Thaïs au Festival de Peralada en août 2018. Florian Sempey et Philippe Estèphe* (notre dernier et magnifique Papageno) alternent en Dandini. Suite à l’indisposition de Nicola Alaimo, c’est le merveilleux Figaro des dernières reprises du Barbiere di Siviglia au Capitole : Vincenzo Taormina, qui chante Don Magnifico pour toutes les représentations !

Le baryton Vincenzo Taormina (Don Magnifico)

Enfin, Alidoro nous fait découvrir deux basses somptueuses : Alex Rosen et Adolfo Corrado*, le lauréat 2023 de la célèbre compétition Cardiff Singer of the World organisée par la BBC.

La basse Adolfo Corrado (Alidoro)

Sans oublier nos deux « pimprenelles » de luxe : Céline Laborie (Clorinda) et Julie Pasturaud (Tisbe). En fait, de quoi se trouver devant l’impossibilité de choisir. Vous l’avez bien compris, il n’y a pas de première et de deuxième distribution style plan B. Il y a deux casts hyper excitants dont l’un contient certainement des promesses de découvertes étourdissantes…

(* deuxième distribution)

Robert Pénavayre

Représentations : Théâtre du Capitole du 29 mars au 7 avril 2024

Renseignements et réservations : 05 61 63 13 13 / www.opera.toulouse.fr   

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