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L’impitoyable compte à rebours

Gilbert Bordes - Photo: Bruno Lévy

Gilbert Bordes, grand romancier, figure éminente de l’Ecole de Brive, nous revient avec un véritable thriller… antique dans lequel il nous retrace les derniers jours de Pompéi.

Le roman, historique bien entendu, débute le 21 octobre 79, à 11 heures du matin, soit 74 heures et 21 minutes avant l’éruption du Vésuve.  Le compte à rebours est lancé et l’heure fatale va se rapprocher inexorablement à chaque chapitre. Nous aurons juste le temps, mais quand même, de faire connaissance avec cette ville de tous les plaisirs qui vit dans l’insouciance des tremblements de terre qui l’agitent mais auxquels elle est habituée. Les Pompéiens dédaignent la sévère alerte du grand tremblement de 62 qui avait pourtant détruit une partie de leur ville. Ils ne tiennent même pas compte du départ massif des animaux, de la présence soudaine de geysers d’eau brûlante et des sources qui se tarissent… Allez, on va sacrifier à Jupiter et tout s’arrangera !  Certains habitants vont fuir cependant, surtout des patriciens.  Mais la ville demeure très habitée. C’est une cité moderne avec un château d’eau permettant la distribution d’eau courante aux riches, les rues sont éclairées la nuit, les attelages interdits de circulation dans la journée, etc. Mais pour autant, cette merveille de la Méditerranée vit un grand remplacement social.  Les familles d’origine patricienne voient peu à peu leur classe dépassée par celle d’esclaves affranchis ayant fait fortune dans le commerce. A Pompéi, les Chrétiens sont toujours persécutés car leurs idées représentent un danger quant à la poursuite de l’esclavage. Sur la base des écrits de Pline le Jeune (62 après JC – 113), seul témoin oculaire de la catastrophe, et des noms relevés sur les ruines, Gilbert Bordes déroule, avec la licence romanesque indispensable, les événements ayant anéanti les habitants et la ville antique la plus moderne du monde d’alors. 

Pour revivre au plus près ce qui est considéré comme l’un des plus grands cataclysmes de l’histoire, l’auteur nous met dans les pas du patricien Marcus et de son affranchi et confident Massimus.  Ils sont de retour à Pompéi après un long séjour à Rome. Marcus a littéralement fui Pompéi suite au grand tremblement de 62, séisme au cours duquel il a perdu toute sa famille. Mais voilà qu’une devineresse lui apprend que ses enfants ont finalement survécu. Il revient donc pour tenter de les retrouver.  C’est le fil rouge de ce roman passionnant, fil doublé d’une horloge que l’on sait fatidique. Construit comme un véritable thriller, ce livre nous montre aussi le quotidien de cette ville, avec une foule de détails sur la vie et les mœurs de ce coin de paradis voué à la destruction totale. Le déroulement de l’éruption est d’une rigueur scientifique qui suit les conclusions des sismologues et des archéologues issues de l’inspection des couches de ponces, de pierres et de cendres. Nous sommes le 24 août 79. Cette dernière nuit de Pompéi vous hantera longtemps encore.

Pour information, la dernière éruption explosive, du type de celle qui a détruit la ville, s’est produite en 1944 et a modifié le déroulement de la guerre en Italie. Depuis, le volcan est en sommeil. Il semblerait, ajoute encore Gilbert Bordes en appendice, qu’il soit entré dans une de ses longues périodes d’inactivité précédant une nouvelle explosion. Mais, précise-t-il, rien ne permet d’en prévoir la date…

Bonne lecture !

Robert Pénavayre

« La dernière nuit de Pompéi », Gilbert Bordes – XO Editions – 368 pages – 20,90€

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