Le nouvel opus de Nour Malowé, après un sidérant Le Printemps reviendra (2024), nous replonge dans ces pays devenus la proie de dictateurs. Cette fois c’est au Myanmar (ex-Birmanie) que l’auteur nous amène, à la suite de deux itinéraires qui, bien sûr, finiront par se croiser. La romancière nous présente d’abord Jack, un écrivain français, en panne d’inspiration, presque à bout de souffle. Il est venu se perdre dans ce lointain pays mitoyen avec la Chine, le Laos, la Thaïlande, le Bangladesh et l’Inde. Depuis l’arrestation de sa Première ministre, Aung San Suu Kyi en 2021, le Myanmar est retombé sous le joug d’une dictature militaire. Cette Junte au pouvoir est, elle-même, encerclée par de nombreux conflits régionaux.
Le Prologue nous met directement dans les pas de Jack alors qu’il arrive à Naypyidaw, capitale fantôme de ce pays. Très rapidement, Jack comprend qu’il ne sera plus tout à fait libre de ses mouvements. En insistant un peu, il finit par pouvoir faire quelques pas sur une immense avenue déserte. C’est là qu’il rencontre un vieux birman, Arun, occupé à désherber le béton. Ils ne vont pas avoir beaucoup de temps pour se parler, car la Tadmadaw (Forces Armées Birmanes) veille. Mais Arun a juste celui de demander à l’étranger de lui procurer la pièce de théâtre Noces de sang, du poète espagnol Federico García Lorca, immense auteur fusillé à 38 ans par les phalangistes en 1936. Un camion arrive en trombe devant eux, trois hommes en treillis s’emparent du jardinier et de son matériel et le soustraient à l’attention du touriste. Le chapitre suivant nous fait faire un saut temporel pour nous amener à Yangon (Rangoun) en 1987. Dans une splendide demeure, nous retrouvons Arun, jeune homme promis à un grand avenir car son père est l’un des principaux généraux du pouvoir en place. Intellectuel bien plus que son père le souhaiterait, Arun est un amoureux des livres. Sauf qu’ici, la lecture est plus que contrôlée car elle peut être un puissant vecteur de réflexion et d’émancipation…

Et ainsi, nous allons suivre deux odyssées autour de l’écriture et de la lecture, deux périples chargés d’émotions, de suspense aussi, deux trajectoires traversant des contrées victimes de la plus infâme des privations, celle de la liberté. Dans ce pays où les mots sont plus redoutés que les armes, lire est un crime et la littérature un acte de résistance.
Mais pourquoi Arun veut-il à tout prix ce livre de García Lorca? Ce livre, dit-il à Jack, détient la réponse à l’énigme de ma vie.
García Lorca et le poète birman est écrit d’une plume acérée et rapide mais flamboyante et lyrique, qui ne se contraint pas vraiment à des formules académiques pour exprimer avec une justesse foudroyante les tourments de l’âme humaine.
Bonne lecture !
Robert Pénavayre
« García Lorca et le poète birman » roman de Nour Malowé – Editions Récamier – 324 pages – 20,90€
