Saluons tout d’abord l’initiative des Editions Actes Sud de publier, en français, le second roman de Don DeLillo : End Zone (1972). Cet écrivain américain, né en 1936, auteur d’une vingtaine d’opus romanesques mais également d’essais, de nouvelles et de pièces de théâtre, nous met ici en présence du jeune Gary, étudiant à l’Université de Logos, sous l’écrasante chaleur du Texas. Il est le narrateur. Le sport national aux USA est bien connu, c’est le football. Non pas le sport qui fait fureur en Europe et qui se joue avec un ballon rond, mais une pratique sportive qui ressemble plus ou moins au rugby. Ce sport est connu pour être violent. Il est donc pratiqué par d’immenses gaillards équipés d’épaulières rembourrées et de casques magnifiques. Gary est running back, il fait donc parti de l’équipe offensive et a souvent le ballon en main, ce qui lui vaut d’être une cible privilégiée pour l’équipe adverse. Ce roman est scindé en trois parties. La première présente les protagonistes. Gary se révèle fasciné par des formules telles qu’ouragan thermique, surarmement, dissuasion massive, guerres sporadiques, etc. Ces termes imprègnent ses études mais commencent à le hanter littéralement. La seconde partie du roman est le récit très détaillé d’un match. Où l’on en apprend beaucoup sur ce sport, tant en termes de discipline que de vécu sur le terrain. End zone, mais vous l’avez deviné, est la zone du terrain adverse sur laquelle il faut porter le ballon pour marquer un point. Une sorte de Terre Promise… La dernière partie du livre voit Gary et le Major Stanley, chargé du cours de guerre moderne, se livrer à des wargames stratégiques. La métaphore entre le football et la guerre est aveuglante. Le livre se termine par l’hospitalisation de Gary pour dépression mentale…

Que vous soyez fan de ce sport hyper testotéroné, ou béotien en la matière (c’est mon cas), vous serez rapidement happé par l’écriture de ce roman. Les personnages qui le peuplent semblent vivre en absence totale d’empathie réciproque. Leurs échanges abrupts le prouvent. Taft, le premier joueur noir de cette université, développe une véritable fascination pour l’Holocauste… Don DeLillo nous plonge en fait dans des psychés obsessionnelles qui en disent long sur l’état des lieux mental de cette jeunesse gavée aux dogmes de la masculinité la plus toxique teintée d’une religiosité équivoque.
La construction du récit est superbe et sa lecture en est totalement fascinante.
Robert Pénavayre
« End Zone », romand de Don DeLillo – Editions Actes Sud – Collection Babel – 267 pages – 8,40€