Disques

The Nelson’s Damnation

Dans la plaquette d’accompagnement de ce très beau coffret, un entretien avec le chef d’orchestre John Nelson nous donne le point de vue du musicien sur cette légende dramatique : « une musique presque impossible de difficulté et dont l’infinie diversité n’a jamais été égalée ». Résultat, l’œuvre échappe immanquablement à qui l’aborde sans grande légitimité. Ce n’est pas le cas du chef américain John Nelson qui, à la veille de ses 80 ans, possède un bagage berliozien somptueux.
Voici quelques années, il a débuté l’enregistrement des œuvres majeures du natif de la Côte-Saint-André pour Erato/Warner Classics. Celui-ci se poursuit aujourd’hui avec cette Damnation de Faust enregistrée en direct dans la Salle Erasme de Strasbourg en avril 2019. Si la distribution est alléchante, nous allons y revenir, c’est malgré tout l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, le Coro Gulbenkian, la Maîtrise de l’Opéra national du Rhin et Les Petits Chanteurs de Strasbourg, sous la direction de John Nelson, qui marqueront la discographie de cet ouvrage.

L’incroyable palette émotionnelle qu’imprime le chef à ses exécutants est d’une telle diversité que l’on comprend alors mieux pourquoi Berlioz souhaitait que cet ouvrage soit donné en version concert.

Tout est dans la musique, de l’innocence au mal absolu, le chemin est immense, mais John Nelson ose le parcourir avec une science de la couleur et de la dynamique qui en offre ainsi une vision d’une stupéfiante richesse. Il faut souligner combien musiciens et choristes sont au rendez-vous et au diapason de cet événement.

Mais La Damnation, c’est aussi un quatuor de solistes que Berlioz n’a pas particulièrement épargné. Malgré sa courte intervention, le baryton français Alexandre Duhamel campe un Brander dans lequel il arrive à faire briller un timbre magnifique et une souplesse dans la ligne vocale qui expliquent bien ses futurs engagements dans des rôles majeurs. Son compatriote méphistophélique est Nicolas Courjal, une basse que l’on aurait aimé ici plus noire et plus détendue dans le registre supérieur. Saluons ici cependant sa parfaite prosodie, ce qui n’est pas rien vous en conviendrez. Le ténor américain Michael Spyres affronte avec une vaillance sans faille les pièges infernaux de sa partition, perdant la netteté de son français dans la course à l’abîme, péché véniel au vu d’une pareille interprétation. Enfin c’est la mezzo américaine Joyce Di Donato qui chante ici une Marguerite que l’on aurait souhaitée moins dramatique, plus diverse dans ses émotions. A l’enregistrement le vibrato est plus que présent et met parfois en péril des fins de phrase. Mais il est bien connu qu’un enregistrement est sans pitié… De toute manière, ici encore, l’interprétation globale (timbre, homogénéité, musicalité, phrasé, prosodie) se situe sur des sommets.

En résumé, et malgré les menues réserves ci-dessus, ce coffret se hisse d’emblée au sommet de la discographie grâce en particulier à John Nelson, maître d’œuvre absolu de cette réussite.

Notons que ce coffret contient en bonus un DVD comprenant sept extraits de la captation du 25 avril 2019.

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