Disques

Russie profonde

Le quatrième album CD enregistré par l’Orchestre national du Capitole sous la direction de Tugan Sokhiev enrichit encore le répertoire russe de la brillante formation toulousaine. Après Prokofiev et Rachmaninoff, cette nouvelle parution célèbre le retour vers Tchaïkovski et ses symphonies. La cinquième en mi mineur, qui figure sur cet album, a fait l’objet de nombreux programmes de concerts publics donnés par l’orchestre et son chef. Il n’est donc pas surprenant que la familiarité ainsi acquise par les musiciens trouve ici son accomplissement.

La quatrième symphonie, enregistrée précédemment par les mêmes interprètes avait déjà conquis tous les publics. Avec la cinquième, la réussite n’est pas moindre. La précision de l’exécution s’accompagne d’une souplesse extrême. Les tempi constituent ici un outil de l’expression. Tugan Sokhiev choisit ainsi une progression dramatique du sens profond de l’œuvre, du doute, de la crainte du premier volet, à l’élan vital du final, en passant par le désespoir le plus noir de l’Andante ou la légèreté nostalgique de la Valse.

Avec intelligence, le fatum, si prégnant, si ressenti ne se confond jamais avec un excès de pathos. L’expression tragique conserve une dignité admirable. A ce propos, la réussite exceptionnelle de l’Andante cantabile en fait le sommet « affectif » de la partition. L’émotion vraie, jamais surajoutée ni soulignée, atteint là son paroxysme, nourrie par les interventions solistes. En particulier, comment ne pas éprouver un serrement de cœur à l’écoute du solo de cor, d’autant plus intense qu’il reste retenu et si profondément ressenti. La sonorité générale de l’orchestre conserve le relief et la transparence nécessaires, tout en manifestant une cohésion absolue.

La très rare Ouverture de fête, de Dimitri Chostakovitch, qui complète ce programme, emprunte des voies bien différentes. L’effervescence orchestrale, basée sur une réjouissante virtuosité de tous les pupitres, ne se départit jamais d’une sorte de double sens. Tugan Sokhiev dirige cette partition éblouissante avec une légèreté, une grâce, sans oublier une pointe d’humour qui transforment cette célébration « officielle » en un élan de vitalité irrésistible. La réussite est encore au rendez-vous. L’association AIDA des entreprises mécènes, qui soutient les actions discographiques de l’orchestre, est également partie prenante de cette belle réalisation.

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