Disques

Les Lamentations de Giacobetti : une riche découverte

C’est à l’ensemble vocal Scandicus, fondé en 2001 en Midi-Pyrénées, que l’on doit cette passionnante redécouverte, celle des Lamentations pour la Semaine Sainte, de Pietro Amico Giacobetti (1558-1616). Cet album récemment publié chez Pierre Verany révèle un compositeur oublié de la Renaissance italienne dont l’interprétation des chanteurs de Scandicus exalte les subtilités et l’originalité.
Précisons tout d’abord que l’ensemble Scandicus, sous la direction de Jérémie Couleau et Jean-Louis Comoretto, s’inscrit dans une démarche de transmission des musiques anciennes, du plain chant grégorien aux madrigalistes italiens en passant par le gothique flamboyant des polyphonistes franco-flamands. Ce travail effectué à partir des sources originales, par une connaissance approfondie des styles de vocalités en vigueur au Moyen-Age et à la Renaissance a été salué par la critique dès le premier enregistrement de l’ensemble, Les Lamentations de Costanzo Festa paru chez Arion en 2007. La présente publication de ces autres Lamentations vient confirmer l’authenticité de cette démarche.

Aux premières années du XVIIème siècle, moment où l’art subtil de la polyphonie semble s’essouffler au profit de la monodie accompagnée, Pietro Amico Giacobetti, ce musicien à peine mentionné dans les Histoires de la musique, livre en quelques pages un véritable tour de force polyphonique.

En cet an de grâce 1601, le maître de chapelle de la basilique San Marco de Venise, Baldassare Donato, s’apprête à préparer les célébrations tant attendues de la Semaine Sainte.

Âgé de 70 ans, ce vieux musicien n’a plus l’énergie de composer les polyphonies élaborées que réclament les autorités ecclésiastiques. Insatisfait par les compositions des membres de la chapelle, il décide de se tourner vers des éditions vénitiennes publiées récemment. Il tombe alors sur les sonorités inouïes des Lamentationes cum omnibus responsoriis a cinque voci d’un certain Pietro Amico Giacobetti. On ignore la manière dont ces pièces ont été accueillies par ses contemporains.

Comme l’indique, dans le livret de l’album, le responsable de la restitution de ce recueil, Jérémie Couleau : « L’œuvre de Giacobetti se situe au confluent des deux esthétiques qui seront qualifiées, quelques années après, sous la plume de Giulio Cesare Monteverdi [le frère du grand Claudio, NDLR], de prima pratica et seconda pratica. »

L’album nouvellement paru réunit les 9 Lamentations qui alternent avec 4 Repons de la Semaine Sainte. Ces pièces à cinq ou à six voix a cappella installent une atmosphère d’une hypnotique austérité qui fascine de la première à la dernière note. Chaque Lamentation s’achève sur le même verset, comme obsessionnel : « Jerusalem, Jerusalem, convertissez-vous au Seigneur votre Dieu. »

Les dix chanteurs de l’ensemble masculin Scandicus, du contre-ténor à la basse, délivrent une interprétation imprégnée d’un recueillement d’une impressionnante intensité et d’une rare plénitude. Dirigés par Jérémie Couleau, lui-même membre de l’ensemble (altus), ils restituent ces partitions inédites avec un équilibre vocal, une transparence et une cohésion qui rendent pleine justice à la richesse polyphonique qu’elles explorent.

Partager

La Rusalka du Capitole au cinéma
Un spectacle inoubliable
L’Orchestre national du Capitole reçoit le chef allemand Markus Poschner et le violoniste américain Chad Hoopes
Le vendredi 16 janvier à 20h, à la Halle aux Grains, le chef allemand Markus Poschner ouvre son histoire avec l’Orchestre national du Capitole qui l’invite pour la première fois.
BALLET DU CAPITOLE – CASSE-NOISETTE : LA MAGIE ET LA FÉERIE ÉTAIENT BIEN AU RENDEZ-VOUS !
S’il est un ballet du répertoire qui fait briller les yeux des petits et des grands au joli temps de Noël, un ballet qui fait si fort rêver les petites filles, qu’elles n’ont plus qu’une envie : pousser la porte d’une école de danse, c’est bien Casse-Noisette. Et la magie
Les Kapsber’girls illuminent ce début d’année
Le premier concert de l’année 2026 pour la série des Art Renaissants recevait l’ensemble vocal et instrumental Les Kapsber’girls
Une peintre flamande sous le règne d’Elizabeth 1ère
Si l’Histoire n’a pas encore révélé tous ses secrets, le présent opus de Yann Quero se lit avec une gourmandise constante
L’Orchestre National de France, Yutaka Sado et Thibaut Garcia
Le prochain concert de la 40ème saison des Grands Interprètes réunit à Toulouse l’un des plus grands orchestres français, un grand chef d’aujourd’hui et le guitariste cher aux Toulousains le plus demandé du moment.