Disques

Le piano de Mozart tout simplement…

Sa longue pratique de la musique de chambre au sein du mythique Beaux Arts Trio confère à Menahem Pressler une vision toute particulière des pièces pour piano seul. Lorsqu’il s’agit de Mozart, cette vision résulte d’une vie d’expérience, d’une familiarité dont peu d’artistes peuvent se prévaloir à un tel niveau. Au lendemain des célébrations de son quatre-vingt-dixième anniversaire, le jeune nonagénaire se lance dans une incroyable entreprise : l’enregistrement de l’intégrale des sonates pour piano de l’enfant de Salzbourg.

Comme le reconnaît le pianiste lui-même : « C’est une véritable mission que d’avoir à enregistrer l’intégrale des sonates de Mozart. Une mission qui ne cesse de me questionner et qui parfois me paraît vertigineuse : pourrais-je ? Ai-je raison ? » De tels scrupules honorent l’un des plus prestigieux interprètes du siècle qui vient de s’écouler. Mozart-Pressler, voici pourtant une association qui coule de source. La candeur naturelle, vraie, authentique de l’interprète le destine à rendre au compositeur toute sa fraîcheur, toute son évidence.

Voici le premier album de cette intégrale qui s’annonce historique. Menahem Pressler a choisi d’aborder de front trois périodes différentes de composition plutôt que de suivre un illusoire ordre chronologique.

La sonate n° 11, en la majeur K 331, qui ouvre cet album, établit immédiatement la grâce légère de son écriture. L’interprète l’aborde avec la sensibilité de son jeu, la tendresse, le naturel d’un langage qu’il a toujours pratiqués. Il déroule la fameuse Marche turque qui la conclut sans s’appesantir sur l’exotisme que certains soulignent à satiété. La musique coule avec évidence. Dans la sonate n° 17, en si bémol majeur K 570, plus tardive (encore que chez Mozart, le temps ne fait pas grand-chose à l’affaire !) l’apparente et souriante simplicité cache une profondeur toujours à fleur de peau. La sensibilité du pianiste s’y exprime avec finesse et pudeur.

Enfin, la sonate n° 18 en ré majeur, composée en 1789, date des difficultés de tous ordres rencontrées à cette époque par Mozart. Rien ne transparaît dans le sourire qui semble accompagner ses trois mouvements. Pressler traduit l’imitation de fanfare qui ouvre l’œuvre avec esprit et légèreté. Les complexités contrapuntiques du premier mouvement sont ici résolues de la plus élégante des manières et sans la moindre affectation. Il en déroule le splendide Adagio comme on se livre à une confidence amicale. Il s’agit là de l’un des sommets expressifs de tout l’album. L’Allegretto final dévoile ce « sourire à travers les larmes » qui caractérise les grandes partitions du compositeur.

Le chant pur, celui dont Mozart ne cesse de nourrir toute son œuvre, se trouve ici magnifié d’une douce lumière. La personnalité de Menahem Pressler, qui nous avait accordé un généreux et amical entretien le 3 décembre 2013 lors de son passage à Toulouse, se retrouve tout entière dans ses approches musicales.

On attend avec intérêt la suite de cette intégrale dont la présentation matérielle raffinée est à la hauteur de son contenu.

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