Disques

Dans les pas sacrés du Prêtre Roux

C’est loin de sa ville natale, Venise, que Vivaldi compose ses premières partitions. En effet, la Sérénissime n’entend que d’une oreille critique et plus que réservée les œuvres novatrices, enjouées, colorées, pleines de contrastes de ce jeune prêtre de 30 ans, violoniste virtuose et compositeur. Il faudra une véritable désertion, celle du maestro di coro de l’Ospedale della pietà, le dénommé Francesco Gasparini, pour que Vivaldi, alors maestro di violino de cette prestigieuse institution vénitienne, se voit passer in loco ses premières commandes sacrées.

Rappelons que le maître de chœur était chargé de composer et de diriger le répertoire de ladite institution. Venise venait alors rejoindre les villes de Brescia, Padoue et Vicence pour accueillir celui qui allait devenir le compositeur italien le plus populaire de l’Histoire. En ce début de 18ème siècle, l’étoile d’un Gabrieli voit donc se lever un astre concurrent. « Entre l’autel et le lutrin », jolie formule contenue dans la plaquette signée Frédéric Dalméa, Antonio Vivaldi nous parle de religion, mais ne peut s’empêcher d’avoir toujours un œil attentif sur l’âme humaine.

Point n’est question ici de métaphysique glacée, sa musique respire et transpire l’Homme dans ses joies comme dans ses douleurs. La présente compilation, enregistrée en mars 2014 a sélectionné, sous le vocable générique Pietà, un ensemble de compositions parmi les plus célèbres de Vivaldi. Il y a bien sûr, et comment en serait-il autrement, le sublime chant d’amour, de douleur et de piété du Stabat Mater, le Gloria en ré majeur RV 589, dont la célébrité égale celle des fameux concertos… saisonniers et dont on entend la douce sicilienne du Domine Deus accompagnée ici par un hautbois virtuose. Plusieurs motets sont au rendez-vous : le lumineux Clarae stellae, scintillate, le spectaculaire et virtuose Longe mala, umbrae, terrores dont l’écriture n’est pas très éloignée de celle de l’opéra. Il y a aussi, et c’est plus qu’une bonne idée, ce chef-d’œuvre absolu de l’art sacré vivaldien : Filiae maestae Jerusalem, en fait l’introduction à l’un des Miserere que composa Vivaldi. Un autre joyau est certainement le Salve Regina, œuvre magistrale, puissamment expressive, dont la commande demeure à ce jour imprécise. Au milieu de ce programme, le Concerto pour cordes et continuo RV 120 est comme une respiration, un moment de détente dans un répertoire exigeant pour l’auditeur, un moment qui permet aussi d’apprécier pleinement et à son extraordinaire valeur l’Ensemble Artaserse qui accompagne ce récital et qui fut créé par Philippe Jaroussky en 2002. Au zénith de ses moyens vocaux, celui-ci, et malgré une tessiture globalement alto des morceaux choisis, nous donne à entendre l’un des plus beaux organes de contre-ténor qui se puissent  imaginer : netteté du timbre, longueur du souffle et donc de la ligne vocale, souplesse de la vocalise, puissance de projection dans le haut medium et l’aigu, émotion permanente. Somptueux ! Le CD de cette fin d’année, incontestablement. Le coffret contient également un DVD de 20’ grâce auquel nous suivons Philippe Jaroussky sur les traces du Prêtre Roux dans les rues de Venise.

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