Le vendredi 28 novembre à l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, un concert exceptionnel a été dédié à Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, compositeur et peintre emblématique de la culture lituanienne, à l’occasion du 150ᵉ anniversaire de sa naissance. Organisé par l’Ambassade de Lituanie en France et animé par l’Ensemble Antiphona sous la direction de Rolandas Muleika, cet événement a mobilisé une assistance nombreuse et fervente à l’écoute et à la découverte d’une riche culture.
Cet événement s’est déroulé en présence de l’ambassadeur de Lituanie en France, Arnoldas Pranckevičius, Il bénéficiait également du précieux soutien de la Mairie de Toulouse, représentée par Nicole Yardeni, déléguée aux relations avec les acteurs culturels, du Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, de l’isdaT (Institut supérieur des arts et du design de Toulouse) et de l’Institut Français.
En ouverture de soirée, l’ambassadeur de Lituanie s’adresse au public et décore Rolandas Muleika de l’Ordre du Mérite de Lituanie. Ceci à la grande surprise du récipiendaire lui-même !

Le spectacle à proprement parler met en évidence un dialogue entre musique, image et mémoire, en hommage à l’un des grands visionnaires de la culture européenne. Les acteurs de cet événement exceptionnel, sonore et visuel réunit le chœur Nota Bene, direction Delphine Armand Sammito, le Duo Zubovas (Lituanie), piano à quatre mains, l’Ensemble Antiphona, direction Rolandas Muleika qui dirige en outre la réunion des ensembles vocaux. La conception visuelle du spectacle est assurée par Akvylė Anglickaitė (Lituanie). Précisons que les musiques présentées sont accompagnées d’un déploiement visuel important avec projection sur grand écran d’œuvres picturales de Mikalojus Konstantinas Čiurlionis et d’images liées au contenu musical.
La première partie de la soirée s’ouvre sur un épisode pianistique d’hommage animé par le pianiste Rokas Zubovas et accompagné d’une présentation visuelle d’œuvres picturales de M. K. Čiurlionis.

– Photo Classictoulouse
Deux extraits de la messe pour chœur a capella de Čiurlionis, « Kyrie et Gloria » sont ensuite chantés avec ferveur par le Chœur Adulte et l’Ensemble vocal du Conservatoire à Rayonnement Régional dirigés par Delphine Armand Sammito.
Deux autres extraits sont animés par le Chœur Nota Bene et l’Ensemble vocal du CRR, sous la direction de Rolandas Muleika : le « Kyrie eleison », une fugue pour chœur a cappella et le « De Profundis » un psaume pour chœur mixte et piano.
La seconde partie de cette soirée, intitulée Jūra (la mer), s’attache à replacer l’œuvre musicale de Čiurlionis dans le contexte créatif de son époque. Il eut été difficile de ne pas citer Claude Debussy et son poème symphonique « La Mer ». Le Duo Zubovas en joue le premier volet « De l’aube à midi sur la mer » dans sa version pour piano à quatre mains transcrite par Debussy lui-même. La poésie de la version orchestrale se transmet à la version pianistique.
« Les chants traditionnels lituaniens » qui suivent ont été harmonisés pour chœur mixte par M. K. Čiurlionis. Ces quatre pièces ont pour titres :
« Dainų dainelė »
« Vienam kiemely »
« Bėkit bareliai »
« Subatos vakarėly » (arrangement de R. Gražinis)

En miroir de l’œuvre de Debussy, le Duo Zubovas offre ensuite quelques extraits de « Jūra » (La Mer), le poème symphonique de Čiurlionis, dans sa transcription pour piano à quatre mains du compositeur lui-même. Le voisinage met en évidence aussi bien les liens qui rapprochent les deux œuvres que leurs différences.
Autre compositeur français dans le même sillage, Olivier Messiaen résonne dans des échos proches. Son motet pour chœur mixte, « O sacrum convivium » en apporte quelques indices.
Cette belle soirée s’achève sur la création mondiale de « Refleksijos » (Les réflexions), pour chœur à huit voix et piano à quatre mains, de la compositrice lituanienne Nijolė Sinkevičiūtė, présente au concert : une découverte, une révélation d’une originalité et d’un accomplissement remarquables. Chacun des sept épisodes de l’œuvre comporte un double titre, en lituanien et en français. C’est la version française qui nous est offerte ce soir-là. Il nous est alors aisé d’en apprécier la poésie de l’écriture et les beautés littéraires autant qu’harmoniques.
Les titres évocateurs sont les suivants :
1.Le Rocher / Uola
2.La Nuit / Naktis
3.Le Vent / Vėjas
4.Le Silence / Tyla
5.Le Soleil / Saulė
6.La Mer / Jūra
7.La Terre / Zemė

Les huit chanteurs solistes qui interprètent ces pièces réalisent des merveilles de raffinement et de beauté vocale. Le public accueille cette découverte avec un enthousiasme justifié. Un grand concert !
Serge Chauzy
