Concerts

L’élégance du Grand Siècle

La venue à Toulouse du prestigieux ensemble Les Arts Florissants et de son chef et fondateur William Christie était l’occasion de renouer avec un répertoire longtemps négligé. Les musiques françaises de l’époque baroque, il faut bien le reconnaître, ont beaucoup pâti d’exécutions approximatives et/ou empesées. William Christie et son ensemble réalisent depuis bien des années maintenant une véritable résurrection de ce patrimoine qui retrouve enfin sa juste place dans le panorama des musiques dites anciennes.

Les solistes du concert des Arts Florissants. De gauche à droite : Alain Buet, Ed Lyon, William Christie, Sophie Karthaüser, Emmanuelle de Négri et Virginie Thomas

(Photo Classictoulouse)

Le 14 décembre dernier, à l’invitation des Grands Interprètes, deux actes de ballet signés Jean-Philippe Rameau étaient ainsi présentés sur le plateau de la Halle aux Grains dans une « mise en espace » habilement conçue par Jean-Yves Ravoux. Entrées et sorties, échanges stylisés entre acteurs-chanteurs, esquissent ainsi une sorte de dramaturgie de ces pièces formatées mêlant musiciens, chœur et solistes vocaux.

Louons d’abord l’habileté musicale de William Christie qui anime son ensemble instrumental avec intelligence et sensibilité. Le raffinement de sa direction humanise la rhétorique baroque. Le choix des tempi respecte idéalement la variété des rythmes de danse qui nourrissent la succession des épisodes imaginés par un compositeur prolifique. Le rythme, encore et toujours, constitue l’épine dorsale de tout ce répertoire. Ainsi joué et chanté, tout cela respire, vibre, vit sa vie avec un naturel évident.

Les musiciens des Arts Florissants sont à ce point rompus à l’exercice que leur prestation coule de source. Les échanges instrumentaux se font sur la base d’un dialogue constant et fructueux. Il faut féliciter en particulier Florence Malgoire, dynamique premier violon, ainsi qu’Anne-Marie Lasla, viole de gambe et Béatrice Martin, clavecin, qui composent une savoureuse basse continue. Le chœur des Arts Florissants anime merveilleusement toute la trame dramatique et musicale de ces mini-opéras.

L’ensemble des interprètes, les musiciens et le chœur des Arts Florissants à la Halle aux Grains de Toulouse
le 14 décembre 2010 (Photo Classictoulouse)

Le ballet héroïque Anacréon, troisième entrée ajoutée en 1757 aux Surprises de l’Amour et qui occupe toute la première partie de la soirée, met en scène une rivalité malicieuse entre les dieux Bacchus et Amour. Le baryton Alain Buet chante et joue le rôle-titre avec une bienveillante autorité, intégrant une vocalisation sans effort à la rhétorique baroque. Emmanuelle de Negri prête son timbre chaleureux à la prêtresse, alors que Sophie Karthaüser incarne Amour avec une éblouissante virtuosité. L’aria « Avant ce jour c’était l’Amour… » étincelle de mille feux.

Le ballet Pygmalion donne ensuite au jeune haute-contre britannique Ed Lyon le difficile rôle-titre qu’il tient avec vaillance et finesse. Acteur autant que chanteur, il possède le timbre exact de haute-contre à la française, autrement dit de ténor aigu, que réclame la partition. Il vocalise avec virtuosité et engagement dramatique. Sophie Karthaüser chante de nouveau Amour avec intelligence et sensibilité, alors qu’Emmanuelle de Négri incarne une Statue chaleureusement humaine et que Virginie Thomas se glisse musicalement dans le personnage épisodique de Céphise.

Tous les chanteurs, aussi bien les solistes que les membres du chœur, maîtrisent à la perfection une impeccable diction, élément indispensable à l’épanouissement de cette musique basée sur le rythme de la parole.

Ce beau moment de musicalité est accueilli avec enthousiasme par un public conquis.

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