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Le luth en majesté

L’invité unique, chose rare si l’on excepte les pianistes, pour le concert au Musée du 15 janvier, n’était autre que le luthiste le plus prestigieux de notre temps, l’Américain Paul O’Dette. L’intimisme de son instrument, la modestie de son volume sonore en font un compagnon musical rare et trop souvent cantonné au rôle d’accompagnateur et de basse continue. Paul O’Dette lui confère ses lettres de noblesses. Celles d’un confident sensible, expressif, capable des nuances les plus subtiles et des déclamations les plus péremptoires.
Paul O’Dette s’affirme comme l’un des musiciens les plus influents dans le domaine de la musique ancienne, en aidant à définir les normes techniques et stylistiques pour les interprètes du XXIe siècle en contribuant à imposer un sens profond de l’approche historique, une précision idiomatique et une capacité de libre expression ambitieuse. Ses récitals et concerts dans des festivals de renommée internationale font figure d’évènements incontournables.

Son choix de rendre un hommage exclusif au compositeur John Dowland, à l’occasion du 450ème anniversaire de sa naissance, exprime son admiration justifiée pour un créateur qui a marqué la riche période élisabéthaine.

Le luthiste américain Paul O’Dette au Musée des Augustins – Photo Classictoulouse –

La vie de ce compositeur et luthiste, né en Angleterre ou en Irlande en 1563 et mort en 1626 reste mystérieuse. Né à Londres ou peut-être à Dublin, il a séjourné à Paris au service de l’ambassadeur auprès de la cour française. C’est là qu’il s’est converti au catholicisme romain. Selon ses dires, cela contribua à l’écarter d’un poste à la cour protestante d’Élisabeth I d’Angleterre, et l’amena à travailler à la cour de Christian IV de Danemark. Retournant en Angleterre en 1606 puis en 1612, il assura un des postes de luthiste auprès de Jacques Ier d’Angleterre et curieusement, il n’a plus composé depuis cette date jusqu’à sa mort à Londres en 1626.

La musique de Dowland exprime souvent la mélancolie, un sentiment très présent dans la musique de cette époque. Il écrivit d’ailleurs une pièce dont le titre pourrait selon certains résumer son œuvre, intitulée Semper Dowland, semper dolens (Toujours Dowland, toujours souffrant).

Cette pièce emblématique, particulièrement élaborée, figure évidemment au cœur du récital de Paul O’Dette. Il en offre une interprétation d’une grave douceur, forte de sa retenue. Tout au long de la soirée, le musicien révèle la subtilité d’un répertoire qui réclame d’abord une virtuosité sans faille parfaitement assumée par le technicien hors pair qu’il ne cesse pas d’être. Néanmoins, cette virtuosité ne constitue jamais, chez ce musicien d’exception, une fin en soi. Elle lui permet de créer une polyphonie d’une clarté, d’une transparence qui exaltent la richesse d’écriture de ces courtes pièces destinées à la confidence et à l’expression des « affects » les plus divers : de la nostalgie à la joie, de l’animation chorégraphique à l’humour. On découvre aussi, tout au long de la soirée, une succession de portraits de personnages, élaborés à la manière d’un La Bruyère de la musique, comme avec My Lady Hunnsdon’s Puffe, Mrs. Vaux’s Jigge, ou encore The Right Honourable Robert. La vitalité rythmique des gaillardes, ces danses irrésistibles qui donnent des fourmis dans les jambes, s’oppose à la douleur pudique des lamentation comme Lachrimae (Larmes) ou surtout cette partition bouleversante intitulée Forlorne Hope Fancye, dont le chromatisme douloureux révèle les sentiments les plus profonds, évoquant les accents de la Didon abandonnée de Purcell. Paul O’Dette conclut son programme sur la débauche éblouissante de Fantaisie, véritable feu d’artifice polyphonique.

Charmé par tant de finesse et de subtilité, le public réclame et obtient une Gaillarde supplémentaire de John Dowland, « peut-être la plus belle » selon son interprète !

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