Concerts

L’apothéose russe

Un orchestre en grande forme, deux solistes inspirés, un chœur éblouissant, un chef aussi précis que passionné, que rêver de mieux pour ce concert de musique russe du 7 décembre dernier ?

Tugan Sokhiev proposait ce soir-là au public toulousain un triptyque centré sur Rachmaninov, dont il a programmé, avec son orchestre, l’intégrale symphonique en deux saisons. Borodine et Prokofiev complétaient parfaitement ce premier concert de la série russe dont la participation du magnifique Orfeon Donostiarra constituait un attrait irrésistible.

Dès les premiers accents des très populaires « Danses Polovtsiennes » extraites de l’opéra « Le Prince Igor » de Borodine, le feu est mis. Quelle effervescence dans ce véritable concentré d’énergie ! L’explosion chorale, la vitalité rythmique, le lyrisme des thèmes se mêlent, se répondent avec une précision et une rigueur toujours sous contrôle.

La découverte de la soirée vient de cette cantate de relative jeunesse de Rachmaninov intitulée « Vesna » (Le Printemps) et composée en 1902 sur un poème de Nicolas Nekrassov. Un poème qui traite de la jalousie, de la pulsion de meurtre que l’arrivée du printemps transfigure en un hymne au pardon.

Un baryton solo, personnage et porte-parole, et un grand chœur mixte se joignent à la richesse et au raffinement d’une orchestration qui préfigure par endroit la très belle « Ile des Morts ». La poésie frémissante de l’orchestre, l’impressionnante densité chorale entourent les interventions décisives du soliste. Admirable déclamation du baryton anglais Gary Magee, dont le très beau timbre vocal et l’intensité expressive font merveille.

Tugan Sokhiev

La cantate « Alexandre Nevsky », composée par Prokofiev sur sa musique du film éponyme de Einsenstein, occupe toute la seconde partie de la soirée. Cette partition puissante et implacable rassemble tous les sortilèges orchestraux dont Prokofiev fut capable. Tugan Sokhiev insuffle à l’orchestre une force inouïe qui puise son intensité dans la rigueur extrême des tempi, des équilibres de timbres, depuis la noirceur de l’ouverture jusqu’à l’explosion de joie finale qui donne le frisson. Dans la fameuse bataille sur la glace, d’une redoutable complexité rythmique, l’incroyable relief sonore de l’orchestre est soutenu par des cuivres éblouissants et une tension extrême des cordes. L’intervention de la mezzo-soprano Ekaterina Semenchuk dans la déploration du chant des morts porte l’émotion à son comble. Incantation d’une voix somptueuse au service d’une conviction expressive rare. Il faut enfin redire l’excellence du chœur basque Orfeon Donostiarra qui, sous la direction de José Antonio Sainz Alfaro, déploie ses merveilles de justesse, de précision et d’incroyable dynamique.

Un grand bravo à Tugan Sokhiev sous la direction duquel notre orchestre semble se dépasser à chaque concert.

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