Concerts

La tragédie selon Mahler

Le 15 décembre dernier, l’Orchestre National de France, l’une des deux phalanges de Radio-France, effectuait sa première incursion dans la saison musicale des Grands Interprètes. Alors que Kurt Masur en est pour quelques temps encore le prestigieux directeur musical, c’est Daniele Gatti, le futur successeur (dès la rentrée 2008) du grand chef allemand, qui accompagnait sa visite toulousaine.

Daniele Gatti, prochain directeur musical de l’Orchestre national de France

(Photo Primo Gnani)

Voici une succession qui se présente sous les meilleurs auspices. Les musiciens du National apprécient en effet beaucoup le chef italien qu’ils ovationnèrent chaleureusement à la fin du concert.

La vaste symphonie n° 6 de Gustav Mahler constituait le programme de la soirée. Une des rares illustrations mahlériennes de la tragédie humaine qui s’achève sur une irrémédiable défaite. Plusieurs violents coups de marteau de bois marquent en effet la catastrophe finale, comme évoquant ces « chênes qu’on abat ».

On pouvait s’attendre à découvrir, sous la baguette du chef italien, une vision lyrique de l’œuvre. Il n’en est rien. Daniele Gatti souligne au contraire le caractère abrupt, implacable, acéré d’une course à l’abîme. Il allège l’orchestration qui, à aucun moment, même dans les tutti les plus cataclysmiques, ne sonne de manière massive. La trame orchestrale reste d’une incroyable transparence. Sur des tempi mesurés, les quatre mouvements de la partition s’enroulent comme en une irrémédiable spirale.

Aux convulsions de l’allegro energico, succède un scherzo chaotique, tout en ruptures, alternant paroxysmes explosifs et murmures angoissés. La relative accalmie de l’andante n’est qu’un répit avant la catastrophe finale. Laquelle n’intervient qu’au terme d’une succession de rémissions cruelles et passagères. Le dernier accord fortissimo résonne comme une mise à mort.

Saluons les performances de tous les musiciens qui assument avec panache les solos parfois redoutables que Mahler leur a réservés.

Le grand succès public de ce concert laisse augurer d’un bel avenir commun pour Daniele Gatti et l’Orchestre National.

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